L'Australie lève l'immunité parlementaire dans les affaires de harcèlement sexuel

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Le pays des Antipodes est secoué par plusieurs affaires d’agression sexuelle dans le milieu politique. Et le gouvernement vient donc d’annoncer la fin de l’immunité dont bénéficiaient jusqu’à présent les parlementaires dans ces affaires de harcèlement.

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Radio France
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Christian Porter, l'ancien ministre de la Justice, est accusé d'avoir violé une mineure de 16 ans en 1988 (3 mars 2021). (STEFAN GOSATTI / AFP)

Les députés, et aussi les juges et les hauts fonctionnaires ne pouvaient pas, jusqu’à présent, être poursuivis au pénal en cas d’agression sexuelle sur leur lieu de travail. Une impunité assez incroyable dénoncée par un rapport officiel publié l’an dernier dans ce pays de 25 millions d’habitants. C’est fini : le Premier ministre conservateur Scott Morrison l’a donc annoncé ce 8 avril.

La loi sera rapidement modifiée. Le harcèlement au travail constituera aussi désormais un motif de licenciement. Et les victimes pourront porter plainte jusqu’à deux ans après les faits. Pour l’instant, il y a prescription au bout de 6 mois. Le Premier ministre australien se décide à réagir parce que sa côte de popularité (bien que toujours élevée) commence à s’éroder, après plusieurs scandales de nature sexuelle. La semaine dernière, il avait déjà été contraint, pour cette raison, de remanier son gouvernement. En le féminisant : il compte désormais 7 femmes sur 23 ministres, dont certaines aux postes clés de l’intérieur et de la justice. Scott Morrison a également rétrogradé deux ministres soupçonnés directement ou indirectement dans des affaires d’agression.  

Des scandales en série

Il faut dire que les scandales se sont multipliés ces dernières semaines et ces affaires sont parfois scabreuses. Un député est accusé d’avoir harcelé des femmes en tournant des images sous leurs jupes avec son smartphone. D’autres employés du Parlement sont soupçonnés d’y avoir fait venir des prostituées et d’avoir organisé des rencontres sexuelles dans une salle de prière de l’Assemblée. Et même de s’être masturbés dans le bureau d’une députée. Il y a plus grave encore. L’ancien ministre de la Justice Christian Porter est accusé d’avoir violé une mineure de 16 ans en 1988. Mais le Premier ministre le soutient au nom de la présomption d’innocence et il l’a donc simplement rétrogradé au ministère de l’industrie. Enfin l’ancienne ministre de la Défense, Linda Reynolds, est, elle, montrée du doigt pour avoir fait pression sur l’une de ses conseillères. Et lui avoir intimé de garder le silence alors qu’elle avait été violée par un de ses collègues dans le bureau de la ministre. Ça fait vraiment beaucoup.  

Une culture sexiste et machiste

C’est toute une culture sexiste et violente qui est dévoilée au grand jour dans le milieu politique australien. Le rapport sur le sujet publié l’an dernier, Respect@Work, "Le respect au travail", souligne combien, dans les années 70, l’Australie était en pointe dans la mise en place de législations sur l’égalité et la lutte contre la discrimination sexuelle. Maintenant nous sommes en retard, dit ce rapport qui préconise 55 mesures. Et depuis quelques semaines, les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux pour dénoncer "une culture machiste toxique" dans le milieu politique. Par exemple, des femmes députées affirment redouter de se déplacer seules le soir dans l’enceinte du Parlement ! En face, la réponse du Premier ministre paraît lente et modeste. Il se refuse par exemple à initier une loi (réclamée dans le rapport) et qui contraindrait les employeurs à mettre en place un plan concret d’éradication des discriminations sexuelles. Scott Morrison ne semble pas décidé à modifier radicalement le système.      

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