Immigration : coup de chaud à Melilla entre le Maroc et l'Espagne

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Près de 2 000 migrants ont tenté de pénétrer dans Melilla, l'une des deux enclaves espagnoles au Maroc. Pourtant, les relations entre Rabat et Madrid sont en phase de normalisation.

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Radio France
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Les forces de sécurité espagnoles montent la garde près de la barrière frontalière entre l'Espagne et le Maroc à Melilla, enclave espagnole en Afrique du Nord, le 24 juin 2022.  (PAQUI SANCHEZ / EPA / MAXPPP)

Près de 2 000 migrants ont essayé d'entrer, vendredi 24 juin, à Melilla depuis le Maroc et 130 y sont parvenus, selon la préfecture de l'enclave espagnole, qui a établi un nouveau bilan de cette entrée massive. Cependant, cinq migrants d'origine africaine ont trouvé la mort lors de cette tentative. Selon les autorités locales marocaines, 76 autres ont été blessés, dont 13 grièvement.

C'est le premier coup de chaud, la première phase de tension entre l'Espagne et le Maroc, qui ont entamé un processus de réconciliation depuis la mi-mars. Une grave crise diplomatique avait été provoquée l'année dernière par l'accueil dans un hôpital espagnol du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné du Covid-19.

Un geste inacceptable pour le Maroc, qui avait parlé d'offense nationale, tant la question de la souveraineté du Sahara occidental est un nerf à vif pour le royaume. Les représailles n'avaient pas tardé : les douaniers marocains avaient relâché leur contrôle pour laisser passer en 48 heures plus de 10 000 migrants vers l'enclave espagnole de Ceuta.

L'Espagne reconnaît le plan d'autonomie du Maroc

Après des mois d'intenses efforts diplomatiques, l'Espagne a annoncé finalement le 18 mars dernier qu'elle soutenait le plan d'autonomie proposé par le Maroc pour résoudre la question du Sahara Occidental, en échange du verrouillage de l'immigration clandestine à Ceuta et Melilla.

Cette volte-face espagnole a immédiatement provoqué une crise cette fois-ci avec l'Algérie, principal soutien du Front Polisario. Mais forcément, entre Madrid et Rabat, les relations se sont éclaircies, à tel point que le roi Mohammed VI a reçu en grande pompe Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, pour un "iftar", la rupture du jeûne du Ramadan début avril.

Cette nouvelle crise migratoire n'est pas forcément adressée à l'Espagne seulement, même s'il reste quelques contentieux comme les délimitations des zones de pêche. Les deux pays ont convenu d'une feuille de route pour régler leurs différends.

Le message de Rabat est sans doute envoyé aux autres pays de l'Union européenne et en particulier à Bruxelles sur le thème : "Suivez l'exemple de l'Espagne, reconnaissez la validité de notre plan d'autonomie pour le Sahara occidental, abandonnez tout soutien au Front Polisario. Sinon, nous continuerons d'utiliser le robinet migratoire comme moyen de pression." Car officiellement, la commission européenne soutient le plan de l'ONU qui se fonde sur le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui, et ne veut surtout pas se mettre à dos l'Algérie, qui est aujourd'hui courtisée pour son gaz.

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