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Grève générale en Biélorussie : un nouveau défi lancé au pouvoir de Loukachenko

La contestation contre le dictateur prend une nouvelle forme, après deux mois et demi de manifestations.

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Lors d’une manifestation de l’opposition dans les rues de Minsk, le 25 octobre 2020 (photo d’illustration).
Lors d’une manifestation de l’opposition dans les rues de Minsk, le 25 octobre 2020 (photo d’illustration). (STRINGER / AFP)

Une grève générale a été lancée en Bielorussie pour exiger le départ du président Alexandre Loukachenko. Il s'agit de la nouvelle stratégie initiée par Svetlana Tikhanovskaïa, la principale dirigeante de l’opposition, en exil. Alexandre Loukachenko, qui est au pouvoir depuis 26 ans, ne veut toujours rien céder. Malgré les innombrables manifestations appelant à son départ depuis sa réélection de toute évidence entachée de fraudes début août. L’opposition a donc confirmé lundi 26 octobre son appel à la grève générale.

Dans ce pays de 10 millions d’habitants, le but de cette grève est de viser le régime en son cœur même : la machine économique. Elle est la fierté de Loukachenko, en particulier les grandes usines de fabrication de moteurs pour les voitures, les camions ou les tracteurs. Les ouvriers de ces usines, qui représentent un quart de la population active, sont historiquement des soutiens du régime. Donc l’appel à la grève a valeur de test.

Le symbole des ouvriers des usines

Il y a très peu de journalistes présents dans le pays, donc il est difficile d’évaluer jusqu’à quel point cet appel est suivi. Mais plusieurs vidéos postées sur les réseaux sociaux témoignent effectivement d’arrêts de travail dans certaines usines, comme Hrodnad Azot ou Atlant. Il y aussi des fermetures de commerces dans le centre de la capitale Minsk et des mouvements de grève dans les universités, avec force drapeaux blanc et rouge, les couleurs de l’opposition qui revendique pour son pays le nom de Belarus et non de Biélorussie. L’opposition a également appelé la population à cesser de financer les entreprises du régime et à retirer son argent des banques. L’objectif est de gripper la machine économique.  

Répression et intimidations

Mais le pouvoir n’a évidemment pas l’intention de se laisser faire et il a trois leviers à sa disposition. Le premier, c’est évidemment la répression. Selon l’opposition, plus de 16 000 personnes ont déjà été arrêtées depuis le début du mouvement, dont plus de 200 lors des dernières 24 heures. Les forces de sécurité, les OMON, sont à la manœuvre et les arrestations sont musclées. Deuxième axe, les pressions financières contre les ouvriers qui sont tentés de faire grève avec des menaces de licenciement, des baisses de salaires, des suppression des primes de fin de mois, des intimidations en tous genres sur l’accès à un prêt ou à un logement, etc. Enfin troisième levier pour le pouvoir, le soutien économique du grand voisin russe, qui porte l’économie du pays à bouts de bras depuis de longues années. La Russie subventionne fortement l’économie biélorusse, cela représente jusqu’à 15% du produit intérieur brut.  

Une mobilisation pacifique

Donc le pari de l’opposition est loin d’être gagné d’autant que les médias restent contrôlés quasi exclusivement par le pouvoir de Loukachenko. En plus, tous les principaux dirigeants de l'opposition ont dû quitter le pays, ça ne facilite pas la mobilisation. Cela dit, via les réseaux sociaux, notamment la messagerie cryptée Telegram, l'opposition parvient malgré tout à coordonner ses actions et à déclencher des manifestations à distance. Et jusqu’à présent, ces manifestations sont toujours restées pacifiques, ce qui rend ce mouvement de contestation assez exemplaire.

Lors d’une manifestation de l’opposition dans les rues de Minsk, le 25 octobre 2020 (photo d’illustration).
Lors d’une manifestation de l’opposition dans les rues de Minsk, le 25 octobre 2020 (photo d’illustration). (STRINGER / AFP)