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Face à face tendu entre Russes et Occidentaux au Conseil de l'Arctique

La capitale islandaise Reykjavik accueille les 19 et 20 mai un sommet des pays riverains de l’Arctique. Avec sur le tapis : un gros bras de fer entre Russes et Occidentaux sur les ressources de cette immense région située autour du Pôle Nord.  

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Un camp de chasse inuit dans la baie de Baffin (18 Janvier 2019).
Un camp de chasse inuit dans la baie de Baffin (18 Janvier 2019). (MEDIADRUMIMAGES / RICHARD SALE & PER MICHELSEN / MAXPPP)

La Russie a donné le ton. Fidèle à ses habitudes, Moscou, a fait monter les enchères. En affirmant ce lundi 17 mai que l’Arctique fait partie de sa zone naturelle d’influence : "ce sont nos terres, notre littoral", voilà la formule employée par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Une façon très claire de marquer son territoire avant même l’ouverture de ce sommet : le Conseil de l’Arctique réunit tous les pays riverains du cercle polaire. Même si le littoral russe est le plus long (près de 20 000 km), plusieurs autres pays sont partie prenante : les États-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, la Suède, la Norvège, la Finlande. Et avec le réchauffement climatique, particulièrement rapide dans cette zone, les convoitises ne cessent de croître. Il y a d’abord un enjeu militaire. Ces dernières années, la Russie a rouvert d’anciennes bases soviétiques dans la région, déployé de nouveaux systèmes de défense anti-aérien, et multiplié les manœuvres, avec drones et sous-marins. Les États-Unis ont répondu en déployant des navires y compris dans la mer de Barents sous contrôle russe, en envoyant des bombardiers en Norvège, et en soutenant un plan de surveillance militaire initié par le Danemark. Les bruits de bottes sont là et bien là.  

Un quart des ressources mondiales en énergie

Ensuite, il y a les convoitises économiques, conséquence directe du réchauffement. D’une part, la route maritime du Nord devient accessible une grande partie de l’année. C’est majeur pour le trafic commercial : la distance entre l’Europe et l’Asie est raccourcie de plusieurs milliers de kilomètres par rapport au trajet par le canal de Suez. Vladimir Poutine entend multiplier le trafic maritime dans l’Arctique, par 4 d’ici 5 ans. D’autre part, la fonte des glaces libère l’accès au sous-sol. L’Arctique possède sans doute un quart des ressources mondiales en énergie : beaucoup de pétrole en mer de Barents (on ne sait pas exactement combien), du gaz naturel, du gaz liquéfié. Et des minerais : de l’uranium, de l’or, du nickel, du zinc. C’est un peu la poule aux œufs d’or. Les pays riverains cherchent donc à obtenir une extension de leur "plateau continental", autrement dit la zone où ils ont le droit d’exploiter les fonds sous-marins.  

L'environnement menacé

Le risque c'est que l’environnement soit le grand oublié. La biodiversité est menacée : l’Arctique abrite plus de 20.000 espèces animales ou végétales. Le réchauffement entraine de gigantesques incendies de forêt. La fonte du permafrost libère de grandes quantités de méthane, qui est un gaz à effet de serre très nocifs pour le climat. Et les projets miniers peuvent engendrer des pollutions incontrôlables. Cela dit, il va falloir compter aussi avec les populations locales. On a vu par exemple il y a quelques semaines comment au Groenland (région autonome rattachée au Danemark), l’opposition à un projet controversé de mine d’uranium a conduit au pouvoir un parti écologiste décidé à enterrer cette perspective.    

Un camp de chasse inuit dans la baie de Baffin (18 Janvier 2019).
Un camp de chasse inuit dans la baie de Baffin (18 Janvier 2019). (MEDIADRUMIMAGES / RICHARD SALE & PER MICHELSEN / MAXPPP)