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En Argentine, un débat sur l'avortement sous haute tension au Sénat

Dans ce pays d'Amérique du Sud, la Chambre haute s'apprête à se prononcer sur la légalisation de l’avortement. Le vote s’annonce très serré et la séance tendue car le pays est très divisé sur le sujet.  

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Manifestation des opposants à la légalisation de l\'avortement, le 28 décembre 2020 à Buenos Aires (Argentine)
Manifestation des opposants à la légalisation de l'avortement, le 28 décembre 2020 à Buenos Aires (Argentine) (EMILIANO LASALVIA / AFP)

Cela pourrait se jouer à trois fois rien. Selon le décompte du journal argentin Pagina 12, le oui à l’IVG pourrait l’emporter d’une voix. Autant dire que rien n’est joué. 70 sénateurs participeront au vote. Et en cas d’égalité, l’actuelle vice-présidente Cristina Kirchner départagera les deux camps. Elle est favorable au texte.

Ce projet de loi, qui vise à rendre l’avortement possible jusqu’à 14 semaines de grossesse, était une promesse de campagne du nouveau président de centre gauche Alberto Fernandez. Il a dévoilé le texte mi novembre. Après, tout est allé très vite. Le projet a été adopté à une large majorité par la Chambre des Représentants, l’équivalent de notre Assemblée Nationale. Mais le Sénat est plus conservateur. Il y a deux ans, il avait rejeté la précédente tentative de légalisation. Aujourd’hui, l’avortement n'est autorisé en Argentine qu'en cas de viol (mais encore faut-il pouvoir le prouver) ou en cas de mise en danger de la vie de la mère. Le tout est encadré par un texte de 1921, donc vieux d’un siècle. Depuis 13 ans, c’est la 8e tentative parlementaire pour légaliser l’IVG. Jusqu’à présent, ça a toujours échoué. 

Le poids des Eglises

Il faut dire que le pays est coupé en deux. Dans ce pays de 45 millions d’habitants, s’il y a bien un sujet qui divise la société, c’est celui-là. Et pendant le vote, ça va se voir dans les rues, tout autour du Sénat.

D’un côté, il y aura les Bleus : c’est la couleur des opposants à l’IVG, mobilisés sous la houlette des Eglises, catholiques et évangéliques. L’Argentine, qui est le pays du pape François, compte 63% de catholiques et 15% d’évangéliques. L’Eglise catholique possède de longue date un poids politique important, le préambule de la Constitution fait référence à Dieu et l’Etat paye le salaire des évêques. Les évangéliques, eux, sont moins nombreux, mais ils sont en forte progression, comme dans presque toute l’Amérique Latine.
De l’autre côté, les Verts : c'est la couleur des pro IVG, sous la houlette du mouvement AbortoLegalya, "l'avortement légalisé maintenant". Très présents sur les réseaux sociaux, ils ont mené une campagne active ces dernières semaines. Ils soulignent combien la situation actuelle est hypocrite : elle conduit les femmes à se faire avorter clandestinement. Entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins chaque année en Argentine, dont bon nombre sur des mineures.  

Un symbole pour l'Amérique Latine

Et toute l’Amérique Latine va observer le vote parce qu'il a valeur de symbole. L’IVG n’est autorisée que dans une poignée de pays latino-américains : Cuba, l’Uruguay, le Guyana, et au Mexique uniquement la province de Mexico. Dans tous les autres pays, l’avortement est très limité, essentiellement les cas de viols ou de danger pour la vie de la mère, par exemple au Brésil, au Paraguay, au Venezuela et dans presque toute l’Amérique Centrale. Si l’Argentine, l’un des poids lourds du continent, bascule et légalise l’IVG, il pourrait donc y avoir un effet d’entraînement.    

Manifestation des opposants à la légalisation de l\'avortement, le 28 décembre 2020 à Buenos Aires (Argentine)
Manifestation des opposants à la légalisation de l'avortement, le 28 décembre 2020 à Buenos Aires (Argentine) (EMILIANO LASALVIA / AFP)