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En Algérie, l'épidémie de choléra est un nouveau symptôme de l'opacité politique

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, direction l'Algérie, en proie à une épidémie de choléra.

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Un médecin à Boufarik, au nord de l\'Algérie, le 28 août 2018.
Un médecin à Boufarik, au nord de l'Algérie, le 28 août 2018. (RYAD KRAMDI / AFP)

En Algérie, les petites fioles de gel antibactérien se vendent comme des petits pains dans les rues d'Alger. Elles sont indispensables la confirmation officielle, il y a quelques jours, qu'une épidémie de choléra frappe le pays. Une épidémie d’une ampleur sans précédent dans le pays depuis 32 ans.

Pour rappel, le choléra est une maladie mortelle qui se traduit par une déshydratation accélérée provenant d’une bactérie dans l’eau, généralement dans les eaux usées.

L'inquiétude à l'approche de la rentrée scolaire

L'épidémie a déjà fait trois morts dans le pays et plus de 70 autres contaminations ont été recensées. Six régions algériennes sont touchées : la capitale Alger, et surtout la zone de Blida, un peu plus au sud, sans compter celle de Tipaza, à l’ouest d’Alger, sans compter Bouira, Médéa et Aïn Defla. Le ministère de la Santé a ce week-end tenu des propos rassurants, en disant que le nombre de cas diminuait. Toutefois, les Algériens sont inquiets, a fortiori pour leurs enfants qui font cette semaine, comme en France, leur rentrée scolaire. Mercredi matin, neuf millions d'enfants et d'adolescents algériens feront leur retour sur les bancs de l'école. 

Les Algériens ne font pas nécessairement confiance à ce que dit leur gouvernement. Le pouvoir est très opaque et l'a particulièrement été dans la gestion de cette affaire. Le ministère de la Santé a mis plusieurs jours à reconnaître qu’il s’agissait bien du choléra et qu'il ne parlait au départ, en termes généraux, que d'une "toxi-infection." Il a ensuite cherché à minimiser l’ampleur de l’épidémie. Quant à la ministre de l’environnement, elle a renvoyé la responsabilité de la propagation de la bactérie aux Algériens eux-mêmes qui "manqueraient d’hygiène."

Le manque d'information crée la panique

Il y a évidemment une vraie responsabilité politique dans cette affaire : il s'agit d'un problème de santé publique et l’origine de la maladie vient sans doute d’une absence de traitement des eaux usées, dans la région de Tipaza.

Comme toujours, le manque d’information déclenche des phénomènes de panique. Certains Algériens s’affolent sur les réseaux sociaux et les ventes de melons et de pastèques sont en chute libre car on les soupçonne de propager la maladie. Les vendeurs d’eau minérale font, quant à eux, des affaires.

Dans une caricature parue la semaine dernière dans le quotidien Liberté, Dilem, le plus célèbre des dessinateurs de presse algériens, résume la relation des Algériens au pouvoir en place : le président Abdelzaziz Bouteflika, 81 ans, qui en est à son quatrième mandat, est très fatigué et malade. Il part régulièrement se faire soigner à l’étranger. Cela a encore été le cas la semaine dernière puisqu'il s'est rendu à Genève. Sur ce dessin, on voit quatre hommes qui portent le cercueil d’une victime du choléra. Un motard officiel leur coupe brutalement le passage : "Stop ! Laissez passer, le président part se soigner à Genève !" Sous-entendu : c’est quand même plus prioritaire que votre épidémie.

Un médecin à Boufarik, au nord de l\'Algérie, le 28 août 2018.
Un médecin à Boufarik, au nord de l'Algérie, le 28 août 2018. (RYAD KRAMDI / AFP)