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Au Mexique, un mur érigé autour du palais présidentiel devient le symbole de la lutte des femmes

En cette journée internationale des droits des femmes, les associations féministes mexicaines se sont adroitement emparées d'un mur construit autour du palais présidentiel. Le chef de l'État l'a fait ériger par crainte des manifestations du 8 mars. Et le mur s'est transformé en symbole.

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Une femme imprime la marque de sa main sur un mur lors d\'une manifestation pour l\'élimination des violences faites aux femmes, le 2 mars 2021 à Mexico City (Mexique).
Une femme imprime la marque de sa main sur un mur lors d'une manifestation pour l'élimination des violences faites aux femmes, le 2 mars 2021 à Mexico City (Mexique). (PEDRO PARDO / AFP)

Les images sont saisissantes : tout autour du palais présidentiel, le chef de l’État mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (surnommé par ses initiales AMLO) a fait construire un mur de palissades métalliques noires de trois mètres de haut. Les autorités redoutent des débordements, mardi 8 mars, journée de manifestations pour les droits des femmes.

En fin de semaine dernière, le symbole en soi était déjà impressionnant avec ce palais transformé en camp retranché, un peu comme Trump à la Maison Blanche au moment des élections aux États-Unis. Mais le symbole a pris une autre dimension dans la nuit du 6 au 7 mars. Toutes les associations féministes se sont donné rendez-vous autour de ce mur tout noir. Et elles ont peint ou bombé à la peinture blanche, sur les palissades, les prénoms des milliers de femmes victimes de meurtres et de féminicides dans le pays : Carmen, Susana, Paola, Monica, Pilar, etc. Puis elles ont décoré le mur de fleurs et ajouté quelques slogans comme "Il n’y a pas de murailles si hautes que des femmes organisées ne puissent surmonter". Ou bien "Somos el grito de las que no tienen voz" : Nous sommes le cri de celles qui n’ont pas de voix. 

Dix assassinats par jour

Il faut dire que la situation est catastrophique sur ce sujet : le Mexique et ses 125 millions d’habitants demeure l’un des pays les plus rétrogrades au monde pour les droits des femmes. Avec surtout une violence endémique : près de 10 femmes sont assassinées chaque jour, plus de 3 000 mortes par an. Et régulièrement dans des circonstances atroces. Dans plus de la moitié des cas, le meurtrier est le conjoint ou le compagnon. Qui plus est, 99% des plaintes n’aboutissent nulle part. Les dossiers sont classés sans suite par la justice. Il faut aussi ajouter les disparitions : plus de 20 000 femmes disparues dans le pays depuis un demi siècle. Personne ne sait ce qu’elles sont devenues. Depuis deux ans, et l’émergence au Mexique du mouvement #metoo, les associations de femmes se sont structurées. Elles organisent régulièrement des manifestations et des actions coup de poing.

Manifestations puis grève générale

Les féministes mexicaines sont à couteaux tirés avec le président mexicain. "AMLO" se veut pourtant officiellement un défenseur de l’égalité des droits avec une étiquette d’un homme de gauche. Dimanche 7 mars, lors d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il s’est présenté comme défenseur de l’équité et des droits des femmes. Mais les associations féministes lui reprochent de se contenter de belles paroles et de ne rien faire de concret. Elles appellent donc à manifester lundi et elles appellent aussi à une journée de grève générale des femmes le 9 mars, comme elles l’avaient déjà fait l’an dernier.

Ce mur autour du palais est donc devenu un emblème. Le gouvernement cherche à s’en sortir en le qualifiant de "mur de la paix". Mais la partie symbolique est perdue. Avec leurs graffitis en hommage aux victimes, les associations féministes ont gagné.    

Une femme imprime la marque de sa main sur un mur lors d\'une manifestation pour l\'élimination des violences faites aux femmes, le 2 mars 2021 à Mexico City (Mexique).
Une femme imprime la marque de sa main sur un mur lors d'une manifestation pour l'élimination des violences faites aux femmes, le 2 mars 2021 à Mexico City (Mexique). (PEDRO PARDO / AFP)