Afrique du Sud : le réchauffement climatique en cause après le lourd bilan des inondations

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Plus de 300 personnes sont mortes, selon un bilan encore provisoire, dans des intempéries qui ont commencé le week-end dernier. Ce sont les plus importantes depuis 60 ans dans le pays. Une intensité indissociable du réchauffement climatique selon les scientifiques.

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Radio France
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Un homme gravit un pont détruit par les inondations dans le nord de Durban (Afrique du Sud), jeudi 14 avril 2022. (MARCO LONGARI / AFP)

Les images sont très impressionnantes, dans toute la région du Kwazulu Natal, au sud-est de l'Afrique du Sud, autour de la grande ville de Durban, 3,5 millions d’habitants : des maisons ont été englouties dans des glissements de terrain, des centaines de containers renversés bloquent des routes, des ponts sont totalement détruits. La boue a tout envahi. Plus de 250 écoles ont été endommagées et ont fermé leurs portes. L’activité portuaire est totalement à l’arrêt. L’électricité est coupée dans de nombreux quartiers.

Surtout, le bilan humain est très lourd : 306 morts selon le dernier décompte, jeudi 14 avril, mais des dizaines de personnes sont encore portées disparues, en particulier dans les quartiers défavorisés, les bidonvilles qui entourent Durban. Les morgues sont débordées. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa s’est rendu sur place, ce mercredi, au soir. Et il parle d’une "catastrophe" : "Nous sommes face à une calamité de proportions énormes, dit Ramaphosa. Mais le gouvernement a passé la vitesse supérieure, tout le monde est mobilisé, nous allons apporter autant d’aide et d’assistance que possible aux aux populations". Cela dit, il y a beaucoup de scepticisme parmi les 60 millions de Sud-Africains.  

Des pluies comparables à celles des cyclones

Le lien avec le réchauffement climatique est très probable. Il est tombé 450 mm d’eau en 48h. C’est absolument sans précédent dans la région. C’est un niveau qui s’apparente à celui déclenché par les cyclones. Les inondations précédentes datent de 2019 mais le bilan était beaucoup moins lourd. Même s’il y a évidemment des tempêtes en Afrique australe, cette région de l’Afrique du Sud est normalement épargnée.

Plusieurs climatologues sud-africains soulignent que les phénomènes météo violents ont toujours fait partie du paysage. En revanche, pour eux, l’intensité de ces inondations est indissociable de l’aggravation du changement climatique. Bruce Hewitson, le patron de l’Institut de recherche sud-africain sur le climat, est persuadé que la fréquence et l’intensité de ces phénomènes va s’accroitre dans le pays. D’autant, c’est établi, que dans le sud de l’Afrique, les températures augmentent deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Il faut donc s’attendre, dit-il, à la fois à plus d’inondations et à plus de vagues de sécheresse.

Un rapport très inquiétant avait été publié à l’automne dernier. Intitulé "Voilà à quoi ressemblera la vie en Afrique du Sud au 21e siècle", il prévoyait un impact majeur sur l’agriculture ou l’approvisionnement en eau potable.  

Des infrastructures inadaptées

Les infrastructures de l’Afrique du Sud ne sont pas préparées à cette situation. Et c’est aussi cela qui explique le bilan très lourd de ces inondations. Les maisons sont construites sans fondations, sur des terrains inondables ou non viabilisés. Les matériaux utilisés pour construire les routes ne sont pas assez solides. Les systèmes d’adduction d’eau sont très insuffisants. Dans le grand bidonville de "Mega City", situé justement dans la banlieue de Durban, de nombreux habitants dénoncent l’inaction des pouvoirs publics après les premières inondations de 2019. D'où le scepticisme de la population. La controverse politique est inévitable.    

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