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À Madagascar, la future "ville soleil" fait de l'ombre aux villageois

C'était une promesse de campagne du président Andry Rajoelina : Tana Masoandro, "La ville soleil", destinée à désengorger la capitale de Madagascar, asphyxiée par les embouteillages et la surpopulation, est enfin sur les rails. Mais pour laisser de la place à ce projet immobilier pharaonique, les habitants qui cultivent les rizières doivent être expropriés.

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Des affrontements ont éclaté entre les habitants d\'Ambohitrimanjaka et la police malgache, le 17 octobre 2019. Les manifestants protestaient contre le projet de ville nouvelle  \"Tana Masoandro\".
Des affrontements ont éclaté entre les habitants d'Ambohitrimanjaka et la police malgache, le 17 octobre 2019. Les manifestants protestaient contre le projet de ville nouvelle  "Tana Masoandro". (MAMYRAEL / AFP)

Tana Masoandro (en français : "La ville soleil"), doit être construite sur une plaine de 1 000 hectares, quelques encablures à l'ouest de la capitale, Antananarivo, et accueillir à terme 350 000 habitants. Cette vidéo de promotion fait défiler les images de synthèse en 3D d'une cité futuriste et idéale, traversée par une autoroute bordée de palmiers - comme à Miami - avec des gratte-ciels hypermodernes, des bureaux, des centres commerciaux et toutes les nouvelles administrations dont la ville aura besoin.  

Le projet du président

"La ville soleil" est surtout le projet phare d'Andry Rajoelina, revenu au pouvoir en janvier 2019. Le président malgache veut tourner la page d'une décennie de crise et relancer l'économie de l'un des pays les plus pauvres au monde, avec un programme très dense en matière de développement. La construction de Tana Masoandro est en effet une promesse de campagne parmi beaucoup d'autres. Le dirigeant malgache veut lutter contre le chômage, la corruption, l'exode rural, l'énergie… A peine plus d'un habitant sur 10 a accès à l'électricité à Madagascar, c'est l'un des taux les plus bas de la planète.

Les villageois refusent d’être expropriés

Mais le président "TGV" (son ancien surnom, quand il a assuré la période de transition de 2009 à janvier 2014) veut aller vite. En se libérant des bailleurs habituels du pays comme le FMI, et en faisant appel aux investissements chinois et africains. Les travaux de "la Ville soleil" ont déjà commencé avec le remblaiement d'une centaine d’hectares de rizières.

Et c'est ce qui suscite la colère des habitants. Plusieurs manifestations ont eu lieu ces dernières semaines dans les villages les plus impactés, comme Ambohitrimanjaka. Les habitants protestent contre un vrai manque de transparence, les expropriations (d'une terre où ils vivent depuis plusieurs générations), la disparition des rizières aussi dans un pays où la population dépend fortement de l'agriculture. Le responsable de Tana Masoandro pour le gouvernement se dit conscient du "coût social" d'un tel projet mais l'État malgache qui n'a pas de foncier, est contraint de racheter des terrains privés. Les 100 000 emplois promis pendant la phase de construction ne suffisent pas à calmer la colère.

Une solution provisoire

Après des heurts avec les forces de l'ordre le 17 octobre 2019, le chef de l'État a fustigé ceux qui continuent de critiquer et de s'opposer aux projets de modernisation du pays. La "ville soleil" sera d'ailleurs loin d'être suffisante pour absorber l'explosion démographique : Antananarivo continue d'attirer plus de 200 000 nouveaux habitants chaque année.  

Des affrontements ont éclaté entre les habitants d\'Ambohitrimanjaka et la police malgache, le 17 octobre 2019. Les manifestants protestaient contre le projet de ville nouvelle  \"Tana Masoandro\".
Des affrontements ont éclaté entre les habitants d'Ambohitrimanjaka et la police malgache, le 17 octobre 2019. Les manifestants protestaient contre le projet de ville nouvelle  "Tana Masoandro". (MAMYRAEL / AFP)