Un autre Brésil, France info

Mondial : Salvador de Bahia craint l'explosion du tourisme sexuel

C’est l’une des grandes craintes des associations comme du gouvernement brésilien : que ce Mondial et l’augmentation exceptionnelle du nombre de touristes dans les 12 villes hôtes, entraîne une hausse conséquente du nombre de touristes sexuels. Reportage à Salvador de Bahia, une ville symbolique de ces maux.

(Le centre d'accueil des victimes d'exploitation sexuelle © Radio France/Elodie Touchard)

Dans la cour du foyer d’accueil, entouré de hauts murs, trois fillettes assises sur le dossier d’un banc, chantonnent un tube a la mode : "Ressuscite-moi, j’ai besoin d’un miracle, transforme ma vie… " dit la chanson.

Sheila, Jamili, Andressa, omme la centaine d’enfants et adolescents recueillis ici, toutes ont été victimes d’exploitation sexuelle, viols, et prostitution, souvent avec des touristes. Andressa avait 13 ans les premières fois : "Je me prostituais parce qu’on n’avait pas d’argent, je suis d’une famille pauvre et, il n'y avait pas d’autres moyens ".

Lors du Mondial, 600.000 supporters étrangers sont attendus au Brésil. En majorité des hommes, voyageant en célibataire dans un pays que beaucoup associent à une sexualité totalement débridée. Une période à hauts risques donc pour toutes ces jeunes filles vulnérables. Nilza Moura est psychologue du centre d'accueil : "Les abus sexuels vont s’intensifier, c’est notre inquiétude avec ce Mondial. Cela va être un moment très tendu, avec sans doute de nombreuses dénonciations et l’arrivée ici de beaucoup d’adolescents, d’enfants [...] beaucoup de nos jeunes filles veulent s’échapper, parce qu’elles savent, pour l’avoir déjà vécu, qu’elles peuvent gagner beaucoup d’argent à ces moments-là, et donc, on essaie de les convaincre de rester ici ".

Campagne de sensibilisation

Une campagne de sensibilisation vient d’être lancée dans les 12 villes-hôtes : des millions d’affichettes placardées dans les aéroports, hôtels, bars ou restaurants, avec ce slogan : "Ne détournez pas le regard ". Adelino Neto est le responsable de la protection de l'enfance au ministère du Tourisme : "Le tourisme sexuel, ce n’est pas du tourisme, c’est un crime ! Nous, on ne veut pas de ça au Brésil, on ne veut pas de cet héritage-là : avoir, d’ici 9 mois les 'bébés du Mondial'. Depuis deux ans, on a renforcé toutes nos actions de prévention. On a par exemple des agents spécialement formés pour aller sensibiliser les professionnels du tourisme dans tout le pays sur ces questions : quel est le profil de 'l’abuseur', le profil des victimes, quels sont les lieux propices et comment se font les abordages, et surtout que faire face à ces cas-là pour que tout le monde soit vigilant. Parce que notre principal objectif c’est encourager les dénonciations.Aujourd’hui moins d’un témoin sur trois dénonce ce type d’abus ".

Une nouvelle loi devrait même d’ici peu alourdir la peine encourue en cas d’exploitation sexuelle des enfants et adolescents : entre 8 et 30 ans de prison, sans possibilité d’amnistie ni de libération sous caution.

(Le centre d'accueil des victimes d'exploitation sexuelle © Radio France/Elodie Touchard)