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Rigueur et croissance économique sont-elles conciliables ?

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Alors que les députés examinent jusqu'à aujourd'hui à l'Assemblée nationale les mesures d'urgence du plan anti-déficit, la question est de savoir comment concilier rigueur et croissance économique.
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Radio France
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Indépendamment du débat budgétaire à l’Assemblée, les économistes de l’ONU soulèvent le problème. Dans leur rapport annuel publié hier (pur hasard de calendrier), ils lancent une mise en garde contre, je cite : « les dangers d’une politique budgétaire trop restrictive ». En d’autres termes, les économistes onusiens estiment que la meilleure stratégie pour réduire la dette publique consiste à promouvoir la croissance. Avec une telle déclaration, ils n'inventent pas le fil à couper le beurre mais nous renvoient à des théories économiques datant des 19ème et 20ème Siècles qui sont toujours d’actualité.

A quelles théories faites-vous référence ?

Je sais que vous les connaissez Agnès… ce sont les théories de John Maynard KEYNES et David RICARDO, tous deux économistes anglais. L’histoire a d’étranges ressemblances et aujourd’hui encore le décideur politique, l’Etat, doit arbitrer entre ces deux théoriciens. Pour KEYNES, une réduction de la dépense publique se traduit logiquement par une diminution de la demande globale, elle-même synonyme de ralentissement de la croissance. L’Etat doit donc jouer pleinement un rôle interventionniste (aux côtés des entreprises privées) pour éviter la récession en stimulant l’investissement et la demande. Mais la médaille a son revers… comme le démontre RICARDO : pour financer ses dépenses, l’Etat est contraint d’augmenter les impôts… réduisant d’autant la capacité des acteurs privés à consommer. Nous voilà face à l’équation que Matignon doit aujourd’hui résoudre : entretenir les ressors de la consommation, faire des économies, sans trop mettre les ménages à contribution. On voit bien le caractère cornélien des arbitrages politiques… on peut même parfois se demander si marier rigueur et croissance est réellement possible.

Vous voulez dire que la situation est inextricable ?

Non, car il y a toujours une solution. Faut-il encore le vouloir. Elle se trouve certainement dans un mélange de bon sens et de volontarisme politique. A ce titre, n’oublions pas la règle d’or ! Ah, la règle d’or… cette discipline budgétaire que l’opposition refuse de voter et qui a poussé hier dans la rue italiens et espagnols. Cette règle imposerait, de manière constitutionnelle, une planification des dépenses de l’Etat sur trois ans en fonctions d’objectifs et de contraintes budgétaires bien précis. Des systèmes de vases communicants imposeraient de rattraper l’année suivante les dérapages de l’année précédente (en clair : gare aux administrations et aux ministres dépensiers !). Aujourd’hui, la règle d’or est une tradition en Allemagne… l’Espagne a décidé de l’appliquer la semaine dernière et l’Italie s’y est mise dès hier... en France, à l’heure où nous parlons, l’idée est enterrée. Mais jusqu'à quand ?!!!

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