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La BCE relance la planche à billets

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La Banque Centrale Européenne a prêté hier 530 milliards d’euros à 800 banques de la zone euro. C’est un record après la première opération du genre menée fin 2011.
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Au total, cela fait 1000 milliards puisqu’en en décembre, 520 banques avaient emprunté 490 milliards d’euros. Il faut dire que les conditions sont particulièrement avantageuses : des prêts à trois ans au taux fixe historiquement bas de 1%. Cette fois ci, des banques de taille plus modeste ont participé à l’emprunt mais aussi certaines entreprises - comme Volkswagen - qui possèdent des licences bancaires pour leurs filiales de crédit aux clients.

La BCE a donc, une nouvelle fois, fait travailler la planche à billets… concrètement, que représente cet argent ?

Il vient alimenter ce que l’on appelle le « bilan » de la Banque Centrale Européenne. Un bilan confortable puisqu’il atteint 2.700 milliards d’euros depuis la précédente ouverture des vannes en 2007, juste avant la précédente crise financière internationale. En termes de liquidités mises sur le marché, cela représente 32% du Produit Intérieur Brut de la zone euro. Au Japon, ce rapport est de 30% et aux Etats-Unis d’un peu moins de 20%. Vous avez bien entendu : l’Europe a aujourd’hui en circulation la masse monétaire disponible la plus importante par rapport à la richesse produite.

On voit effectivement ce que cela représente mais, concrètement, à quoi sert cet argent ?

A racheter en partie les dettes souveraines des Etats mais, surtout, à soutenir l’économie. Après la rigueur imposée depuis des mois, de plus en plus de voix s’élèvent en Europe pour demander des politiques ambitieuses de relance. Comme il est impossible de pratiquer une relance dite « budgétaire » au niveau des Etats qui sont surendettés, on fait le choix d’une relance « monétaire » (une relance par la monnaie). S’en suit alors un jeu de passe-passe qui n’a rien du philanthropisme : la BCE prête de l’argent aux banques… celles-ci l'injectent dans l’économie réelle à travers le crédit aux entreprises... la BCE leur reprend ensuite cet argent à un taux moins important… la BCE y gagne et les banques y perdent mais, entre temps, ces dernières ont soutenu l’activité et fidélisé – voire gagné – des clients.


Et pourquoi la BCE ne l’explique pas comme cela ?*

Parce que son rôle principal n’est pas de jouer les prêteurs-sauveurs mais de veiller strictement à l’évolution des prix. On pourrait dire que mettre de l'argent en circulation c'est générer de l'inflation... et bien pas dans le cas présent car les sommes débloquées sont destinées à soutenir l'investissement et non la consommation. Le crédit aux entreprises en profitera-t-il réellement ? Dans quelles proportions et à quelles conditions de remboursement ? Réponse dans quelques mois. En ouvrant une nouvelle fois le robinet des liquidités hier, le Président de la BCE a envoyé un signal de soutien avant le sommet européen qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles. Pour que son œuvre soit parfaite, Monsieur DRAGUI doit maintenant baisser les taux d’intérêt… mais cela est une autre histoire que j’espère vous conter d’ici… quelques semaines !

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