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Euro fort, compétitivité faible

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L'euro revient en force. La monnaie unique occupe le devant de la scène depuis plusieurs semaines car elle atteint plus haut depuis 2 ans. Certains y voient un motif d'inquiétude.
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Radio France
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Attention l'euro fort revient ! Enjeu tout aussi politique qu'économique, entre la légendaire volonté de Marine Le Pen d'abandonner notre devise et l'appel lancé hier par le Ministre Arnaud Montebourg de la dévaluer de 10%, l'euro réapparait régulièrement comme le doudou des politiques en mal d'inspiration stratégique.
C'est vrai, un euro à 1,37 / 1,38 face au dollar (le niveau actuel) ne contribue pas au redressement productif de la France. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain ? L'importance du sujet mérite une réponse plus mesurée.


Qu'est-ce qui explique le niveau élevé de l'euro aujourd'hui ?*

Si la monnaie unique s'apprécie – ce qui peut paraître étonnant, pour ne pas dire paradoxal, alors que nous ne sommes pas encore sortis réellement de la crise – c'est à cause des autres monnaies de référence qui, elles, se déprécient : le dollar (affaibli par les tensions budgétaires aux Etats-Unis) ; le yen japonais et le yuan chinois (volontairement sous-évalués par les autorités locales pour favoriser leurs exportations). En ce moment, les investisseurs achètent donc de l'euro qui remonte automatiquement.
Maintenant, il faut s'entendre sur ce que l'on présente comme le niveau "élevé" de la devise européenne. On est en ce moment à 1,38 dollar. En 1999, l'euro a été introduit à 1,17 ; en 2000 il est tombé à 80 cents, avant d'atteindre son plus haut historique d'1,60 en juillet 2008. On est donc aujourd'hui pratiquement au milieu. Est-ce élevé ou pas ? Il est communément admis que la bonne valeur qui ne nous pénalise pas sur la scène internationale est d'environ 1,20 / 1.24 dollar maximum.

Et c'est valable pour tous les pays de la zone euro ?

Non, cela serait trop simple. Le seuil de résistance est inhérent à chaque pays. Si les exportations françaises souffrent à partir d'un euro à 1,24 face au billet vert, le seuil de tolérance est d'1,80 pour les allemands et 1,17 pour les italiens. Cela dépend de la compétitivité de chacun des pays concernés, notamment en matière de coût du travail. Plus les charges sont élevées, plus notre seuil de résistance est faible. Moins lourdes sont les charges, mieux nous résistons. CQFD : pour que tous les pays de la zone euro soient égaux devant la monnaie unique, il faudrait harmoniser les politiques fiscales. On en est très loin.
Ne nous trompons pas de débat. Arnaud Montebourg a tort de rejeter la responsabilité sur Bruxelles. La vraie austérité est celle créée par les Etats eux-mêmes qui ne savent pas réduire leurs dépenses publiques pour permettre une vraie baisse de charges. Oui l'euro est plus fort qu'il ne le fut ou qu'il ne le sera peut-être à l'avenir, mais cessons d'en faire l'objet de tous nos maux. Aux Etats de prendre leurs responsabilités en étant moins dépensiers ou en dépensant... plus utilement.

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