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AAA, le discours rassurant avant l'inéluctable dégradation

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Gros plan sur l’évolution du discours élyséen concernant la perspective de dégradation du AAA de la France. On a entendu tout et son contraire en l’espace de quelques jours.
Article rédigé par
Radio France
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On a l’impression d’assister à un rétropédalage en règle. La semaine dernière, lors de la traditionnelle réunion hebdomadaire de la majorité à laquelle il participe traditionnellement, le Président de la République déclare que "la situation et grave", et en profite pour appeler au rassemblement national. Se passent quelques jours, puis lundi, dans le quotidien Le Monde, Nicolas Sarkozy estime que, finalement, la perte du triple A ne serait pas "insurmontable". S’en suivent les interventions identiques d’Henri Guaino, conseiller spécial du Président… ce matin c'est au tour du ministre en charge des Affaires européennes, Alain Juppé, dans les Echos et du Gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, dans le Télégramme de Brest.

Que disent-ils ?

Evoquant l'éventuelle dégradation du AAA : "ce ne serait pas une bonne nouvelle, mais pas non plus un cataclysme", dit Alain Juppé… "une dégradation ne serait pas justifiée", estime pour sa part Christian Noyer. Il ne vous aura pas échappé qu’entre les premières déclarations plutôt pessimistes de Nicolas Sarkozy la semaine dernière, et celles de ses portes paroles ces dernières heures, il y a eu le sommet européen de Bruxelles.

Cela explique-t-il le changement de discours ?

A défaut de rétropédalage, on prépare simplement les esprits à un abaissement de la note. Les dernières déclarations de MOODY’S et FITCHE RATING ne laissent pas de place au doute : le sommet européen ne les a pas convaincu. Quant à STANDARD & POOR’S dont le verdict est le plus attendu, c’est silence radio… sauf cette petite phrase prononcée lundi par l’économiste en chef de l'agence, le très écouté Jean-Michel Six, lors d’un colloque organisé à Tel Aviv en Israël : "le dernier sommet de Bruxelles constitue une avancée importante mais pas suffisante et un nouveau choc financier pourrait être nécessaire pour faire bouger les lignes". Fin de citation. On ne peut être plus clair !

Donc : inversion du discours politique à droite pour rassurer…

Rassurer l’opinion publique d’un côté et les marchés financiers de l’autre (on a vu hier encore l’inquiétude des bourses européennes qui ont accusés de fortes baisses). Or, même très endettée, la France peut rembourser. Cela prendra du temps, mais il faut le dire et le répéter. Il faut marteler le message car le risque est de voir enfler le doute sur la capacité de la France à rembourser sa dette et que Paris devienne pour de bon la proie des spéculateurs. Les économistes vous le diront : le doute est auto-réalisateur. C’est une spirale : plus le doute augmente, plus les taux d’intérêts auxquels la France emprunte flambent jusqu’à l'étouffement. Le seul moyen de lutter contre vents et marées du diktat des agences de notation est d’être pragmatique… quitte à faire évoluer le discours en quelques jours. C'est ce à quoi on assiste. Tant pis pour les critiques de l’opposition et les anathèmes en tous genres. Et gare aux agences de notation une fois le calme revenu… la vengeance est un plat qui se mange froid.

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