Générosité des Français : "Il va falloir mobiliser la population pour qu'elle maintienne ses dons", estime Jean Viard

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C'est un baromètre publié chaque année par les Apprentis d'Auteuil. Il indique l'évolution de la générosité des Français. C'est la question de société du jour avec le sociologue Jean Viard. 

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Les Français donnent beaucoup et sont solidaires entre générations. Mais cette générosité est menacée par les crise. (Illustration) (JAMESBREY / E+ / GETTY IMAGES)

Cette semaine, nous avons donc appris avec cette étude baromètre publiée par les Apprentis d'Auteuil que la moitié des Français avait donné à des associations liées à la cause ukrainienne.

franceinfo : Les Français ont été visiblement au rendez vous dans ce début de conflit aux portes de l'Europe, il y a une belle générosité ? 

Oui, il y a une émotion, une émotion immense parce que d'une part, c'est en Europe, d'autre part, on le voit énormément dans les télévisions. Il y a une forme d'obscénité de cette guerre parce qu'elle est quasiment en direct à la télé. Donc c'est effectivement inimaginable. Il y a un immense support. Quasiment la moitié des Français ont donné ou ont dit qu'ils allaient donner.

Après, la pandémie a un peu freiné un certain nombre d'engagements, parce que, par exemple, avant la pandémie, il y avait à peu près le quart des Français qui donnait du temps aux mouvements associatifs, aux maraudes, à la solidarité. C'est beaucoup. On a un peu baissé parce que d'abord, avec le Covid, on pouvait pas tout faire. Il y a des gens qui ont arrêté, etc.. On n'est plus qu'à un Français sur cinq qui donne du temps parce que c'est important de donner du temps.

Et puis, autre chose qu'il faut dire aussi, c'est que en fait les riches donnent plus que les autres, ce qui est logique quelque part. Mais il y a quasiment 80% des gens  qui vivent très confortablement, qui ont donné à l'Ukraine et qui donnent régulièrement, qui donne souvent plus de 2 000 euros par an. Donc, il faut faire attention. Je pense que les pauvres sont souvent plus solidaires, mais pas forcément en argent parce qu'ils en ont peu. Ça peut être en proximité, en services, en bricolage, en garde d'enfants, etc, dans d'autres formes de solidarité.

Mais effectivement, on a là ce phénomène ukrainien qui risque d'être un peu négatif pour les dons habituels, y compris parce qu'avec l'inflation, il y a un certain nombre de gens qui vont se dire, c'est peut-être pas le moment de donner. Donc il va falloir mobiliser la population pour qu'elle maintienne ses dons. 

Selon cette étude, un donateur sur cinq convient qu'il donnera moins cette année pour les autres causes humanitaires. C'est un peu le contrecoup de cette générosité pour l'Ukraine. On a déjà donné quelque part, alors on se dit peut- être je passe mon tour pour la suite ?

Oui, mais bien sûr. Alors les dons sont fiscalement déductibles à 50%, ça pondère aussi un peu les choses. Vous savez de plus en plus, les dons, c'est des abonnements, on est un monde d'abonnement. Donc il y a plein de gens qui ont des abonnements qui donnent tous les mois 10 euros, 20 euros pour l'Unicef ou pour une autre cause. Et du coup, ils sont abonnés à vie. Je dirais même plus, ils ne savent plus comment s'arrêter ? Parce qu'une fois que vous avez ouvert votre compte d'abonnement, c'est des petites sommes.

Dans certains magasins, on récupère les centimes de vos achats et les centimes sont automatiquement versés à des associations. Donc il y a aussi des systèmes modernes de collecte qui régularise les dons. Les Français sont nombreux à donner, c'est une société très bâtie sur le monde associatif et sur les dons. Alors on peut toujours espérer qu'il y en ait plus. Mais je trouve qu'il y a vraiment beaucoup de gens qui donnent de l'argent pour les autres. 

Et cette habitude de donner de son temps aussi, qui s'est peut-être un peu perdue par peur de la contamination. Il faut reprendre aussi cette habitude- là. C'est peut-être compliqué ?

Oui, mais on la reprend, on voit bien qu'il y a des "entrants" parce que le grand moment de la solidarité entre les générations, c'est quand on prend sa retraite parce qu'on est encore en pleine forme, et on a 10 ans devant soi. Regardez les gens qui font les maraudes, c'est souvent des jeunes retraités. Dans cette société, le don de temps, le don de service, énorme à l'intérieur des familles, pour garder les enfants et pour garder les anciens, et là-dessus, je crois qu'il faut qu'on facilite la vie des gens là-dedans. 

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