Elon Musk rachète Twitter : faut-il s’en inquiéter ?

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Le rachat de Twitter par le milliardaire fait craindre une avalanche de messages haineux et dangereux sur la plateforme, au nom de sa conception de la liberté d'expression. Eléments de réponse avec le sociologue Jean Viard.

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Elon Musk, le 14 avril 2022, à Washington. (OLIVIER DOULIERY / AFP)

Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, s'est payé Twitter cette semaine pour 44 milliards de dollars. Les démocraties doivent-elles s'inquiéter de la puissance d'opérateurs comme Elon Musk ? En effet, le rachat du réseau social laisse augurer une déferlante de messages haineux et dangereux sur la plateforme, au nom de sa conception de la liberté d'expression. Eléments de réponses avec le sociologue Jean Viard.

franceinfo : D'après vous, est-ce qu'il faut s'inquiéter de nos réseaux sociaux ?

Jean Viard : Il faut s'en inquiéter, sans oublier qu'ils sont dans un même temps une chose géniale. Rendez-vous compte ce qu'aurait pu être la pandémie de Covid-19 sans réseaux sociaux ! Nous avons basculé dans un monde numérique qui nous offre des opportunités extraordinaires. L'essentiel des jeunes ne consomme ainsi quasiment que de la culture par le numérique. Donc le numérique, c'est génial. Mais le numérique, c'est aussi extrêmement déstructurant, y compris parce que cela a été porté au début par une idéologie libertarienne ou libertaire américaine. Il faut qu'il n'y ait pas de règles, il faut qu'il n'y ait pas d'État.

Chacun dit ce qu'il veut. Mais si chacun dit ce qu'il veut, il n'y a plus de vérité. Si le savant qui a travaillé 20 ans son sujet est au même niveau que quelqu'un qui ne connaît rien mais qui donne son opinion, nous sommes dans une grande difficulté. Et cela favorise le complotisme. Cela favorise aussi d'énormes patrons, comme celui de Tesla, qui est une très belle réussite industrielle, mais qui correspond alors aussi à une prise de pouvoir par quelqu'un qui pèse extrêmement lourd. Est-ce que les Etats vont reprendre la main ? A la fin du XIXe siècle, il y avait les mêmes débats avec la loi sur la presse. Les gens pouvaient écrire n'importe quoi dans les journaux et on ne pouvait pas les poursuivre. Au fond, c'est pareil avec le numérique et la bataille des dix prochaines sera entre ces immenses patrons et la démocratie qui se battra pour tenter de poser des règles de vérité. C'est essentiel pour l'avenir de nos démocraties.

On comprend bien l'inquiétude qu'il peut y avoir sur ce qu'on trouvera à l'avenir sur Twitter, mais aussi peut-être aussi sur la manière dont nos données personnelles seront utilisées. Là, nous allons continuer de fournir ces données à Elon Musk. Est-ce que nous sommes conscients de ce que nous laissons sur ces plateformes ?

Non, je pense qu'on ne se rend pas compte de ce qu'on met en circulation. Alors, tout n'est pas non plus dangereux. Mais il y a tout le problème du secret, y compris vis-à-vis des patrons, qui est un enjeu important pour beaucoup de salariés. Ou la question de l'oubli des maladies : beaucoup de personnes en France ne peuvent pas avoir d'emprunt, ne peuvent pas être embauchés parce qu'ils ont une maladie extrêmement grave. Cette question de l'oubli et du secret est un enjeu majeur. Nous sommes entrés dans un monde d'interfaces et cela peut mener à ce qui se passe en Chine où l'on repère par exemple tous les visages des gens qui ont été délinquants. Et cela est extrêmement inquiétant pour nos libertés de circuler dans l'espace public.

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