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Planète Sport. En Argentine, les barras bravas, des hooligans bien utiles à la politique

Bien plus que des ultras, les "barras bravas" se vendent au plus offrant pour tout type de sale boulot. Ils proposent aux politiques d’Argentine une force de frappe en échange d'une impunité certaine.

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Les supporters des Boca Juniors encourageant leur équipe, à Buenos Aires, le 11 novembre 2018.
Les supporters des Boca Juniors encourageant leur équipe, à Buenos Aires, le 11 novembre 2018. (JUAN IGNACIO RONCORONI / EFE)

Planète Sport, le rendez-vous de l’été qui explore les sujets à la lisière entre le sport et la politique, nous emmène aujourd'hui en Argentine, pour évoquer le rôle incontournable de certains groupes de supporters de football, équivalents des hooligans ou des ultras chez nous, dans le jeu politique du pays. À la différence de leurs cousines européennes, les barras bravas, bandes organisées violentes et radicales, n’ont jamais été réellement menacées d’être dissoutes par les pouvoirs publics. Leur brutalité et leur influence sont bien trop utiles à la classe politique argentine.

En apparence, des groupes de fous furieux défendant les couleurs de leur club de foot chaque week-end dans les stades. Mais les barras bravas argentines sont bien plus que ça, s'adonnant à une délinquance en tout genre et au crime organisé. Des clans structurés accueillant aussi bien les caïds de rue les plus violents que les escrocs de haut vol. Leur spécialité ? S'occuper du sale boulot et encaisser la monnaie.

"Les barras bravas se louent ou se vendent au plus offrants", explique Esteban Bekerman, expert en football argentin. "Les barras bravas peuvent très bien travailler un jour pour une organisation politique ou syndicale et le lendemain, faire le même boulot pour le rival. Dans ces moments-là, le maillot n’a plus d’importance", continue-t-il.

Intimidation contre impunité

Pas besoin d’aller chercher très loin dans l’actualité argentine pour déceler les activités obscures des barras. Actuellement, une affaire d’État fait trembler l’Argentine. On parle même du "plus grand scandale d’espionnage illégal depuis le retour à la démocratie". Parmi les victimes, des syndicalistes, des opposants politiques, des chefs d’entreprise... Un vrai réseau d’espionnage, mis en place par l’ancien président Mauricio Macri.

"Il a fait connaissance avec les barras quand il a lancé sa carrière politique en devenant président du club de Boca Junior et ça n’a rien de nouveau, poursuit Esteban Bekerman. Ces gens-là se garantissent les services d’une force de frappe d’intimidation grâce aux barras."

Ici, les dirigeants du foot ne font rien pour le succès de leur club. Ils s’en servent comme d’une plateforme de lancement pour intégrer la politique nationale.

Esteban Bekerman

à franceinfo

Le contrôle d’une foule influente disposant d’une puissante force d’intimidation peut s’avérer très utile pour grimper les échelons politiques. Les barras, elles, profitent de leurs clients pour élargir leur champ d’impunité. Ces petits arrangements entre amis durent depuis plus d’un siècle en Argentine.

Les supporters des Boca Juniors encourageant leur équipe, à Buenos Aires, le 11 novembre 2018.
Les supporters des Boca Juniors encourageant leur équipe, à Buenos Aires, le 11 novembre 2018. (JUAN IGNACIO RONCORONI / EFE)