Pourquoi l’Ukraine a légalisé les cryptomonnaies ?

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En pleine invasion russe, l’Ukraine vient de légaliser les cryptomonnaies comme le Bitcoin. Le président Volodymyr Zelensky a entériné une loi approuvée le mois dernier par le Parlement ukrainien. Le moment où cette décision intervient, n’est pas anodin.

Article rédigé par
Benjamin Vincent - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
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Les 13 cryptomonnaies acceptées pour les dons sur le site officiel "Aid for Ukraine". (AID FOR UKRAINE)

Il ne manquait plus que la signature du président. Il y a mois, le 17 février, le Parlement ukrainien adoptait une loi sur la légalisation des cryptomonnaies, dont l’objectif est "de sortir le secteur de la cryptographie de l'ombre". Volodymyr Zelensky a donc entériné cette légalisation : le ministère ukrainien de la Transformation digitale l'a annoncé, mercredi 16 mars 2022, sur Twitter.

Il faut dire que les cryptomonnaies sont devenues un outil essentiel pour financer la résistance ukrainienne. Dès le début février, bien avant l’invasion russe, des dons du monde entier en cryptomonnaies avaient commencé à arriver, certains dépassant 10 bitcoins, soit l’équivalent – au 18 mars 2022 - de 380.000 euros. Deux jours après l’entrée des premiers chars russes en Ukraine, plusieurs comptes Twitter du gouvernement ukrainien ont lancé les premiers appels à des dons en cryptomonnaies pour soutenir la résistance, la "crypto-résistance", disent certains.

Et en début de semaine, le ministère ukrainien de la Transformation digitale a lancé un site web officiel pour mieux structurer cette collecte de fonds en faveur des forces armées ukrainiennes, essentiellement en cryptomonnaies, même si les dons, par virement direct, dans cinq devises plus traditionnelles (dont le dollar et l'euro) sont aussi possibles. Au site web correspond un mot-dièse (ou hashtag) sur Twitter : #HelpUkraineWithCrypto soit, en français, "Aidez l’Ukraine avec des cryptomonnaies".

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"Les cryptomonnaies s'avèrent d'une grande aide pour faciliter l'envoi de fonds aux Forces armées en Ukraine."

Alex Bornyakov, vice-ministre ukrainien de la Transformation digitale

à Twitter

En tête de la page d’accueil, on trouve cet appel : "Aidez l’Ukraine avec des cryptos, ne nous laissez pas seuls avec l’ennemi". La réponse a été immédiate. L’objectif est d’ailleurs clairement affiché au bout d’une barre de progression sur la page d’accueil : il est de 200 millions de dollars. En moins d’une semaine, l'équivalent de plus de 60 millions de dollars ont déjà été réunis et les dons continuent d'augmenter au rythme de plusieurs millions d'équivalents dollars par jour. 

13 cryptomonnaies sont acceptées : Bitcoin mais aussi Ethereum, Dogecoin, Terra, Casper, Polkadot, Monero ou encore Cardano. Des dons utilisés très concrètement : le 11 mars, le vice-ministre ukrainien de la Transformation digitale, Alex Bornyakov, annonçait sur Twitter avoir pu acheter 5.550 gilets pare-balles, 3.125 lunettes à vision thermique ou encore 410.000 rations alimentaires.

Entre nécessité et reconnaissance

Ce vote en Ukraine fait évidemment penser au Salvador qui, en septembre 2021, a fait du Bitcoin une monnaie légale, comme le dollar. Le précédent ukrainien est cependant différent : non seulement l’Ukraine a légalisé toutes les cryptomonnaies, bien au-delà du seul Bitcoin, mais c’est aussi la première fois qu’un État sollicite les cryptomonnaies dans pareil contexte, en synergie avec le système bancaire traditionnel.

Jusqu’à présent, les organismes financiers historiques ont plutôt eu tendance à se méfier de cette révolution que sont les cryptomonnaies. Or, en Ukraine, les banques, et notamment la banque nationale, font pleinement partie de l’opération puisque les dons, après avoir été enregistrés en cryptomonnaies, sont ensuite transférés sur une plateforme d’où ils sont convertis en dollars, et envoyés au gouvernement ukrainien via SWIFT, le fameux réseau interbancaire dont ont été coupées une partie des banques russes.

La signature de cette loi par le président Zelensky était donc à la fois une nécessité et, dans une certaine mesure, une reconnaissance pour service rendu : une reconnaissance qui aurait pu prendre des années sans la guerre. Le cofondateur d’Ethereum, l’une des cryptomonnaies les plus connues après le Bitcoin, y voit d’ailleurs un point de non-retour dans l’adoption de ces monnaies dématérialisées.

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