Pourquoi certaines îles, en Chine, paraissent plus grandes dans l’appli Plans ?

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Quand on consulte son iPhone en Chine, certaines îles en mer de Chine orientale paraissent plus grandes que leur taille réelle dans l’application Plans d’Apple. Et on sait désormais pourquoi. 

Article rédigé par
Benjamin Vincent - franceinfo
Radio France
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Tim Cook, CEO d'Apple, durant la cérémonie du Forum Développement à Pékin en Chine, le 23 mars 2019. Apple essayait désespérément de faire remonter ses ventes en Chine qui représentent 1/5e de son revenu annuel.   (CHE LIANG / IMAGINECHINA)

Certaines îles en mer de Chine orientale paraissent plus grandes sur l'iPhone que leur taille réelle dans l'appi Plans d'Apple. Il s’agit des îles Diaoyu : huit îlots inhabités rattachés au Japon en 1895 et que Pékin – ainsi que Taïwan revendique depuis 50 ans. 

Quand on dézoome sur la zone depuis un iPhone, autrement dit quand on réduit l’échelle, ces îles ne sont que de minuscules points qui disparaissent assez vite : ce n’était sans doute pas acceptable, du point de vue de la Chine, étant donné leur intérêt stratégique et militaire.

Fin 2014 ou début 2015 – la date reste vague – selon le site The Information, le bureau chinois des sondages et de la cartographie aurait donc demandé à Apple de surdimensionner l’archipel dans son appli baptisée Plans… Demande irrecevable, aurait d’abord répondu le créateur de l’iPhone avant de plier et de grossir artificiellement ces îles, uniquement pour les utilisateurs chinois. 

À l’époque, Apple vient de présenter la toute première Apple Watch qui ne sortira qu’en avril 2015. Pékin aurait, en fait, menacé Apple de bloquer la commercialisation de la montre connectée, si Apple n’obtempérait pas, à propos des îles Diaoyu. Et tant pis si les cartographes d’Apple en ont avalé leur double décimètre.

Un contrat à 275 milliards de dollars

Un an plus tard, les relations entre Apple et le régime chinois sont marquées par un autre événement, passé sous silence jusqu’à cette fin 2021 : la signature, par Tim Cook lui-même, d’un accord secret. Le CEO d’Apple connaît très bien la Chine, où il s’est rendu de très nombreuses fois puisque, sous Steve Jobs, c’est lui qui avait supervisé l’arrivée d’Apple dans l’Empire du milieu. 

Début mai 2016, plusieurs médias dont The Guardian annoncent que Tim Cook doit se rendre à Pékin pour rencontrer de hauts responsables chinois, dont des officiels en charge de la propagande. La nouvelle passe presque inaperçue. Le contexte est pourtant particulier : à l’époque, les ventes d’iPhone en Chine reculent, Apple vient d’annoncer son 1er trimestre en baisse depuis 13 ans, et Pékin met la pression sur le successeur de Steve Jobs en multipliant les obstacles réglementaires.

Tim Cook, défenseur des droits de l’homme et de l’environnement, signe donc cet accord qui a été tenu secret pendant plus de 5 ans, sachant que la Chine représente aujourd’hui 55 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, pour Apple. Accord prolongeable jusqu’en mai 2022 : il est donc peut-être encore en cours.

La liste d’engagements d’Apple en Chine est impressionnante

En échange d’une facilitation de son activité en Chine, la marque à la pomme s’engage notamment à une série d’investissements en Chine, au bénéfice de fournisseurs, de sous-traitants et d’universités chinoises et à jouer la préférence chinoise.

"Le chiffrement des données est le même dans tous les pays."

Tim Cook, CEO d'Apple

à Vice (octobre 2018)

Mais en regardant rétrospectivement ces cinq dernières années, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement entre l'existence de ce contrat, resté secret, et des particularités propres à son activité en Chine. Effectivement, que penser des dizaines de milliers d’apps retirées – sur demande ou spontanément – par Apple de l’Apple Store chinois : applis de rencontres homosexuelles, applis de médias, applis de soutien au Dalaï Lama, applis de messagerie chiffrée potentiellement impossibles à surveiller ?

L'émoji représentant le drapeau de Taiwan : pourquoi est-il introuvable sur les iPhone en Chine continentale ? Le seul fait de taper le mot "Taiwan" à l’écran, faisait d’ailleurs planter certains iPhone chinois, à une époque.

Les clés d'un data center tout neuf, à Guiyang, remises au gouvernement

En mai dernier, Apple a remis les clés de son gigantesque data center flambant neuf de Guiyang, dans le sud-est du pays, à des représentants du gouvernement. A l’intérieur de cette immense structure rectangulaire, longue comme plusieurs terrains de football, sont stockés les mails, photos et documents d'une partie des abonnés au Cloud d’Apple en Chine – Apple possède un autre data center en Mongolie intérieure – ainsi que les clés de décryptage pour y accéder. Accessoirement, partout dans le monde, ces clés sont stockées sur du matériel français, fabriqué par Thales. Pas en Chine.

L’équipe de Tim Cook l’avait prévenu : Pékin aurait coupé iCloud dans tout le pays si Apple avait refusé de coopérer. Le PDG d’Apple s'est défendu, notamment dans une interview avec Vice, fin 2018, en affirmant que les données des Chinois sont à l’abri, et que le monde se porte quand même mieux avec Apple en Chine… que sans.

Officiellement, Apple se contente "de se conformer strictement aux lois chinoises".

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