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Violences : la difficulté des femmes à réagir

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Lundi est la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Comment expliquer que les femmes aient tant de mal à réagir, à refuser d'être maltraitées ? Les explications de Christilla Pellé-Douël, de Psychologies Magazine.
Article rédigé par
Radio France
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La difficulté de réaction est bien l'une des composantes du
problème : la plupart du temps, les violences envers les femmes s'exercent dans l'intimité, et les
victimes ont une relation affective ou amoureuse avec leur tortionnaire.

Cette
relation a pour effet de rendre floues les frontières entre ce qui est
supportable ou non. Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste et
auteur de plusieurs livres, explique que c'est bien avant la première gifle que
la violence s'installe. Il s'agit d'une violence psychologique, masquée, qui
peut rester invisible aux yeux des autres et prendre toute la place dans la
relation entre deux personnes.

Avant la violence, l'asendant psychologique

Peu à peu l'un des deux partenaires prend l'ascendant sur
l'autre, psychologiquement, et l'autre passe sous son emprise. Peu à peu,
l'autre s'efface, pour faire plaisir, pour être aimé, pour ne pas être
contrariant.

Ce sont des situations qui peuvent survenir dans tous les couples,
même les disputes. La différence, c'est d'abord la fréquence. Lorsque cela n'est
plus exceptionnel, que cela s'installe et devient un mode de relation. Alors
peu à peu la victime est paralysée et toute rébellion devient impossible,
puisque le tortionnaire devient la référence. La victime s'isole, se coupe du
monde extérieur, de sa famille, de ses amis, à la fois par amour, et peu à peu
par crainte.

La question à se poser, lorsqu'on est dans une situation de ce
type, n'est pas "Est-ce normal ? " mais plutôt "Est-ce
que cela me convient ?
", "Est-ce que je me sens épanouie,
libre d'être moi-même, estimée à ma juste valeur ?
"

Si la réponse
profondément est non, alors il y a un gros problème. Cette question et sa
réponse sont le début de la prise de conscience.

Réagir n'est pas facile

Il y a le sentiment amoureux : pas facile de quitter quelqu'un
que l'on aime. Cela demande un sacré recul, la capacité d'analyser la
situation, d'avoir un regard critique, ce qui est justement difficile en cas de
sentiment amoureux.

Marie-France Hirogoyen a noté que la plupart des femmes
dans un contexte similaire ne savent même pas qu'elles sont victimes de
violences. Pour elles, la violence, c'est la première gifle ou le premier coup
porté.

C'est difficile de se dire que son conjoint est violent. Cela vient
contrecarrer ce que l'on projetait, imaginait, la construction amoureuse, les rêves.
L'admettre, c'est renoncer à tout cela. Ce qui explique aussi pourquoi de
nombreuses femmes partent et reviennent, d'autant plus que le départ ou
l'éloignement suscite souvent une réaction de remords, de tentative de
réconciliation chez le conjoint.

Se faire aider

Il existe des associations qui peuvent aider à faire le
point, à savoir où l'on en est, aider dans les démarches, soutenir.

►►►Fédération nationale solidarité femmes, 01 40 33 80 60 et le
3919 en cas de violences physiques.

►►►A lire : Femmes sous emprises, les ressorts de la
violence dan le couple
( Pocket), de Marie-France Hirigoyen, qui est une
référence, et qui peut vraiment aider à faire le point sur sa propre situation.

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