Cet article date de plus de neuf ans.

Les ex-enfants soldates du Liberia

Les ex-enfants soldates du Liberia, enrôlées de force en 1989, ont vu, subi et commis tueries et exactions, sans nul autre choix. Mais un jour, elles ont donné la vie et ont retrouvé une raison d'exister. Emmanuelle Eyles-Duwat, de Marie-Claire, les a rencontrées.
Article rédigé par France Info
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
  (©)

Cela n'a pas été facile de les rencontrer, et beaucoup n'avaient pas du tout envie de témoigner. Certaines ont demandé plusieurs centaines de dollars pour les interviews à Emmanuelle Eyles-Duwat, mais déontologiquement elle ne pouvait pas acheter un témoignage. Elles lui ont claqué la porte au nez. D'autres voulaient juste aller s'acheter du crack (une dose coûte 3 euros, un sandwich 11 euros) mais beaucoup ont fini par collaborer et se sont montrées fières de se raconter. Emmanuelle Eyles-Duwat leur a offert des sacs de riz de 50kg pour leur famille, il n'y a pas de raison que je ne donne pas quelque chose en échange après coup.

Ces femmes ont assisté au massacre de 150.000 civils, ont été kidnappées lors de raids de l'armée ou des rebelles dans les villages , sont devenues des machines à tuer qui pour survivre devaient se placer sous la protection d'un commandant qui avait droit de cuissage sur elles et pratiquait magie noire et sacrifices humains pour se protéger de la mort. Ils appellent cela le juju, cette sorcellerie qui rend soit disant invisible et invincible et que l'on retrouve dans presque tous les conflits en Afrique.

Pour survivre elles ont fuit, se sont cachées ou bien ont rendu les armes à la fin du conflit. **Elles sont encore traumatisées et ont souvent assisté au massacre de membres de leur famille, quand on ne leur ordonnait pas de le faire.

**

Ce qui est très injuste, c'est que la société a pardonné aux garçons mais pas aux fillettes . Un garçon soldat cela passe au Liberia, mais pas une fille. Elle doit devenir esclave sexuelle et larbin ou bien mourir. Elles ont donc beaucoup plus de mal à retrouver une place mais le temps apaise les griefs et la plupart sont retournées dans leur village et trouvent des petits boulots dans des échoppes ou la vente à domicile.

Ce qui les rattache à la vie ce sont leurs enfants . Ces femmes qui n'ont pas eu d'enfance trouvent apaisement et bonheur à regarder leurs enfants jouer, aller à l'école, grandir en paix.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.