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Micro européen. Syrie, un labyrinthe pour l'Europe

Syrie, le pivot du "Grand Jeu" ou l'échiquier géopolitique oriental. 

Une patrouille militaire russe aux environs de Kobane, au nord de la Syrie, le 23 octobre 2019.
Une patrouille militaire russe aux environs de Kobane, au nord de la Syrie, le 23 octobre 2019. (AFP)

L’expression du "Grand Jeu", connue en géopolitique et géostratégie, est attribuée à Arthur Connolly, officier britannique, reprise par Rudyard Kipling dans son roman Kim, elle sera souvent attribuée au célèbre écrivain britannique. Quant au titre du roman, il influencera Monsieur Philby qui donnera à son fils ce prénom, Kim, qui rendra célèbre ce maître espion.

Situé au  XIXe siècle, le "Grand Jeu" définit la volonté du contrôle de l'Asie centrale entre le Royaume Uni et la Russie, c’est-à-dire deux empires, l'Angleterre victorienne des Indes, et l’Empire tsariste. Au travers de luttes d’influences, diplomatiques, commerciales, scientifiques, cette période historique pour l’Asie centrale débutera en 1813, pour se terminer par la convention anglo-russe de 1907, qui verra entre autre la naissance de l’Afghanistan.

C’est la raison pour laquelle, si le "Grand Jeu" est toujours une actualité géopolitique en Asie centrale aujourd’hui, ce grand jeu, déborde, pourrait-on dire dans la question syrienne, le "Grand Jeu" abordant ainsi la périphérie de l’Union européenne.  

Le jeu du Padichah d’Ankara  

Alors que les États-Unis faisaient part de leur retrait au nord-est de la Syrie, quelque temps plus tard, le 9 octobre dernier, la Turquie lançait son offensive "Source de paix", contre la milice kurde syrienne l’YPG. Se sentant les mains libres, une nouvelle fois la Turquie allait "jouer" sur un terrain qui ne lui est pas inconnu. Qui plus est, la Turquie, état membre de l’OTAN, s’était dotée du système de défense aérienne S-300 de fabrication russe, ainsi sur le grand échiquier moyen-oriental, Recep Tayyip Erdoğan continue son avancée de trouble-fête.

D’une part, il sait agiter face aux Européens la levée des barrières frontalières pouvant susciter une nouvelle arrivée de migrants, et aussi, fait nouveau par cette offensive, Recep Tayyip Erdoğan sait rappeler aux Européens que des djihadistes européens sont détenus dans cette région pour l’instant. Autant dire que pour l’Union européenne, c’est une nouvelle manière de lui intimer, disons, lui "conseiller" de se mêler de ses affaires.  

Du Chatrang au jeu d’échecs  

Face à cette situation, Recep Tayyip Erdoğan ne pouvait ignorer une réaction des États-Unis, mais cet état est dirigé par un président qui, autant que faire se peut, préfère toujours éviter la guerre. Les conflits armés ne sont pas au goût de cet homme d’affaire, et si l’homme a l’habitude de s’exprimer par moulinets, il n’est pas un "va-t-en guerre".

Ainsi le président turc savait que les réactions américaines allaient se calmer par un "accord" avec la Turquie. Ainsi, simplement, dès l’offensive turque, Washington imposait des sanctions à Ankara, mais suite à un arrêt de l’offensive, Washington levait les sanctions. En fait il s’agissait d’un billard à trois bandes, que peut-être le président américain n’avait pas vu venir, puisque la suite s’est conclue par un accord dit "historique" avec la Russie.

Plus simplement le 22 octobre dernier Poutine et Erdoğan s’entendaient sur l’arrêt de l’offensive turque au nord de la Syrie, et que la frontière turco-syrienne serait contrôlée par les forces russes et les forces syriennes. Ainsi les Kurdes de l’YPG étaient repoussés, et se dessinait le visage du maître du jeu, Vladimir Poutine, la Russie régulant cette zone.

Autre vainqueur à sa manière, Bachar al-Assad, celui que les Européens voulaient naguère "déboulonner", ces Européens-là sont invités à constater le caractère "indéboulonnable", pour l’instant, du président syrien. Quant aux Kurdes, grands perdants, on ne peut pas dire que les États-Unis et l’Europe aient fait grand cas de leur situation, malgré l’aide combattante et valeureuse que les Kurdes, femmes et hommes, ont apporté au combat contre les djihadistes.  

L’Europe doit apprendre le jeu de Go  

Une nouvelle fois, d’autant que l’Iran ne voit pas d’un bon œil la présence russe en Syrie, l’Union européenne est plutôt démunie face à cette situation à la périphérie de son territoire. C’est peut-être aussi une Union européenne qui ne veut pas déroger à certains principes démocratiques qui ont cours au sein de l’espace européen, mais qui sont totalement ignorés par nos voisins. Ainsi que nous le rappelle, Ahmet Insel, l’invité du "Micro européen" sur franceinfo, "il faut à un moment donné, face aux autocrates, parler leur langage …".    

Une patrouille militaire russe aux environs de Kobane, au nord de la Syrie, le 23 octobre 2019.
Une patrouille militaire russe aux environs de Kobane, au nord de la Syrie, le 23 octobre 2019. (AFP)