God save the Queen

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À l’occasion du Jubilé de platine de la reine Elisabeth II, José-Manuel Lamarque reçoit Jean des Cars, auteur de deux ouvrages aux éditions Perrin, "Elizabeth II" et "Pour la Reine".

Article rédigé par
José-Manuel Lamarque - franceinfo
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Temps de lecture : 4 min.
La reine Elizabeth II, le 2 juin 2022, sur le balcon de Buckingham Palace avec le Prince Charles, Prince de Galles. Quatre jours d'événements publics sont organisés pour les 70 ans de règne de la souveraine.  (DANIEL LEAL / AFP)

Le Jubilé de platine de la reine d'Angleterre, et ses quatre jours de festivités pour célébrer ses 70 ans de règne. Micro européen reçoit Jean des Cars, spécialiste de la monarchie britannique, auteur de deux ouvrages aux éditions Perrin, Elizabeth II et Pour la Reine.

franceinfo  : Jean des Cars, ce livre Pour la Reine est un hommage à Elisabeth II, très personnel.

Jean des Cars : C'est un portrait intime qui, à mon avis, n'existait pas. Ici j’explique ce que fut sa formation, les années d'apprentissage, son caractère et comment expliquer certaines décisions. Car n'oublions pas, elle est le seul chef d'Etat en fonction à ce jour qui a connu la Seconde Guerre mondiale. Quand elle devient reine, Staline est toujours à Moscou.

Le 7 février 52, elle revient au Royaume-Uni puisque son père est décédé. C'est la reine qui descend de l'avion, elle est montée en tant que princesse héritière. Et quand elle est jointe par un télégramme codé dans un hôtel qui est installé dans un gigantesque arbre au Kenya, immédiatement, le voyage est annulé. Quand elle descend du quadrimoteur de la British Airways de l'époque, le prince Philip descend avec elle, mais immédiatement l’Écuyer de la reine lui dit : "non, désormais deux pas derrière la Reine…", et il sera toute sa vie deux pas derrière. Mais il sera quand même visible. Et c'est Churchill qui accueille la Reine.

Justement, concernant Churchill, on suppose que son mentor, bien sûr, c'était son père, George VI. Ses funérailles se sont déroulées le 16 février 52. Elle est couronnée le 2 juin 53. Est-ce que Churchill a été pour elle son mentor et à la fois son meilleur ami ?

Je pense qu'on peut le dire. Ils ont eu un différend sur une question. La reine voulait que son couronnement soit télévisé. Churchill fit une petite colère en disant : "Je ne vois pas pourquoi les caméras de la BBC verraient mieux que moi…" Et elle répond : "Non, c'est pour que les gens qui sont dans des terres lointaines, dans les Etats du Commonwealth, puissent être invités à Westminster." Et elle est devenue la reine de l'image. Et, quelque 70 ans plus tard, elle a le sens de l'image puisque, au cours de festivités populaires, elle est là. Deux jeunes filles se prennent en selfie. Ce que n'ont pas vu les jeunes filles, c'est que la reine était derrière elles et, elle aussi se baisse pour apparaître dans le selfie. Oui, elle adore ça. Elle a tout de suite été ouverte aux évolutions quand elles allaient dans le bon sens. Par exemple, elle décore les Beatles, qui sont fait chevalier de l'Empire britannique…

Pour bien comprendre la reine dans votre ouvrage, il faut vraiment connaître cette histoire-là, mais vous l'expliquez très bien. Et là, on comprend tout de cette femme. Je veux parler des cinq de Cambridge. Les cinq, ces espions britanniques en faveur de l'Union soviétique, c'était Philby, Burgess, Mac Lean, Cairncross et Blunt. Et Blunt a été le secret de la reine qui a été dévoilé par Madame Thatcher en 1973 ?

Vous avez tout à fait raison. Moi, ça m'a fasciné. Il y a donc ce cas étonnant d’un homme qui est spécialiste du dessin classique français de Nicolas Poussin, qui est un expert d'œuvres d'art et qui devient le conservateur en chef des collections de la reine. Il avait été agent secret du roi George VI, pour récupérer à la fin de la guerre en Allemagne, ce qu'on appelle le dossier Warburg, c'est-à-dire toutes les compromissions que le duc de Windsor, ex-roi Édouard VIII, avait avec le régime nazi et avec Hitler, mission très délicate. Mais voilà que cet homme qui voit la reine très souvent, eh bien les services secrets apprennent à la reine qu'il est devenu un agent soviétique.

On est en 1964…

C'est effrayant. Et il faudra que Madame Thatcher fasse cette gaffe pour le révéler, alors que ce n'était pas indispensable.

Parce que la reine avait décidé que ce soit le secret...

Et c'est une des fautes de Madame Thatcher qui, d'une façon générale, on peut le dire avec le recul de l'Histoire, se prenait pour l'État alors qu'elle n'était, si je puis dire, que le gouvernement.

Mais une reine très moderne aussi, puisque on s’en souvient aux Jeux olympiques, elle part avec James Bond. Ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c'est que le secret a été totalement gardé. Donc le film dure une minute treize. James Bond, Daniel Craig, arrive à Buckingham Palace. Il est en smoking, il est accueilli par un majordome et on voit, stupéfaction, la reine qui joue son propre rôle.

Donc la reine est en train d'étudier un dossier : "Good evening Mr Bond", "Good evening your Majesty", ils partent tous les deux accompagnés par le majordome. Et là, ce qui est grandiose, c'est qu'on croit voir la reine et 007 monter dans un hélicoptère dont ils sauteront en parachute aux couleurs de l'Union Jack. Et évidemment, moi, je lui ai décerné, si j'ose dire, la Palme d'or de l'humour. 

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