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Mémoire d'Info. Raphaëlle Bacqué et la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997 : "Sur le coup, cela m'a paru aberrant"

Pour ses trente ans, franceinfo a demandé à des personnalités de la culture et des médias de raconter l'info qui les a marquées ces trente dernières années. La journaliste Raphaëlle Bacqué revient sur la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997.

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Jacques Chirac à l\'hôtel de ville de Paris lors de son premier discours après avoir été élu président de la République, le 7 mai 1995.
Jacques Chirac à l'hôtel de ville de Paris lors de son premier discours après avoir été élu président de la République, le 7 mai 1995. (GEORGES BENDRIHEM / AFP)

Raphaëlle Bacqué, grand reporter pour le journal Le Monde, écrivaine et documentariste, entre autre de L'enfer de Matignon a choisi de raconter à franceinfo comment elle a appris la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997.

Raphaëlle Bacqué, grand reporter au journal Le Monde
Raphaëlle Bacqué, grand reporter au journal Le Monde (JOEL SAGET / AFP)

Pour Raphaëlle Bacqué, cette dissolution de l'Assemblée nationale est "un souvenir cuisant puisqu'un souvenir de ratage". C'était en avril 1997, la journaliste au Monde était "un peu novice". À cette époque, Dominique de Villepin est secrétaire général de l'Élysée, Jacques Chriac est le président de la République et Alain Juppé premier ministre.

Jacques Chirac est élu depuis deux ans seulement mais "tout va mal". Raphaëlle Bacqué se souvient "des grandes manifestations de 1995, le blocage de la majorité à l'Assemblée nationale à cause d'un certain Nicolas Sarkozy qui menait une fronde. C'était un moment tendu comme la vie politique française en connaît des milliers."

Un papier "insignifiant" paru dans le journal Le Monde

Dans ce contexte de tension, Raphaëlle Bacqué est invitée par le secréatire général de l'Élysée. "Je vais voir Dominique de Villepin à sa demande, ce qui est assez rare pour un journaliste puisque d'habitude, c'est le contraire, s'étonne-t-elle. Il me fait tout un discours sur le fait qu'il fallait remettre au pas cette majorité de putschistes, en évoquant une chose qui m'a parue aberrante sur le coup : la dissolution de l'Assemblée nationale".

Il s'agit de renvoyer les députés et de procéder à un vote pour élire une nouvelle Assemblée. "Je lui ai dit : 'vous risquez de perdre la majorité, personne ne va comprendre', bref c'était tellement fou que je n'y ai pas cru, Raphaëlle Bacqué encore interloquée aujourd'hui. "J'ai donc fait un ratage, seulement un petit papier insignifiant où j'évoquais la dissolution sans y accorder d'importance".

Les hommes de pouvoir sont irrationnels 

La dissolution aura bien lieu le 21 avril 1997, annoncée par Jacques Chirac à la télévision. "Elle s'est passée comme moi je le pensais" analyse Raphaëlle Bacqué. En effet, le président perd la majorité. Cette histoire, "anecdotique" dans la carrière de la journaliste Raphaëlle Bacqué, lui a pourtant beaucoup appris : "Le pouvoir n'est pas toujours rationnel".

Aujourd'hui, Raphaëlle Bacqué évoque encore cette histoire "pour contredire les complotistes qui donnent toujours une logique à tout". Selon la journaliste du quotidien Le Monde, "la réalité est souvent irrationnelle et les hommes aussi". Elle en a tiré de précieux enseignements pour comprendre les faits et gestes des hommes politiques depuis : "Les émotions, les amitiés parfois, guident les décisions. Il y a aussi la culpabilité, le besoin de se cacher. Comme tous les hommes en fait mais c'est particulièrement vrai au sommet de l'État. Il faut croire à l'irrationailté des hommes, ils sont capables de folie".

Lors de ce même voyage, Jacques Chirac embrasse une habitante de Bouillante, en Guadeloupe, le 11 septembre 1987.
Lors de ce même voyage, Jacques Chirac embrasse une habitante de Bouillante, en Guadeloupe, le 11 septembre 1987. (GERARD MALIE / AFP)

>> Quelle actualité vous a particulièrement marqué ces trente dernières années ? A l’occasion du 30e anniversaire de franceinfo, Guy Birenbaum a posé la question à des personnalités de la culture et des médias. Ils évoquent une date, un événement marquant ou vécu de ces trente dernières années. 

Jacques Chirac à l\'hôtel de ville de Paris lors de son premier discours après avoir été élu président de la République, le 7 mai 1995.
Jacques Chirac à l'hôtel de ville de Paris lors de son premier discours après avoir été élu président de la République, le 7 mai 1995. (GEORGES BENDRIHEM / AFP)