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Les Pourquoi. Pourquoi les bodybuilders ne gagnent-ils jamais aucune autre compétition ?

C'est l'été, Philippe Vandel nous parle aujourd'hui de ces corps très sculptés et musclés des bodybuilders, que l'on regarde avec une intense curiosité parfois sur les plages...

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Grand prix d\'Australie de bodybuilding à Melbourne, le 9 mars 2013.
Grand prix d'Australie de bodybuilding à Melbourne, le 9 mars 2013. (ROBERT CIANFLONE / GETTY IMAGES)

Admirez les culturistes à la salle de sport

Ils déplacent des tonnes de fonte, soulèvent des quintaux avec leurs mollets, mettent à l’équerre le sac de sable d’un seul coup de poing ; leurs bras, jambes, et abdos semblent en béton. Et pourtant, jamais on n’a vu un bodybuilder gagner un sprint aux JO, ni une étape du Tour de France. Aucun n’a jamais été champion du monde de boxe. Sur un terrain de rugby, Chabal n’en aurait fait qu’une bouchée. Et même dans le cas de disciplines très "musculeuses", aucun Monsieur-Muscle n’a jamais brillé en haltérophilie (un comble pour des gars qui passent des heures sous les haltères !). Par quel mystère ? 

Les bodybuilders et les vrais sportifs n’ont pas tout à fait les mêmes muscles

La relation est complexe entre la taille d’un muscle et son efficacité. Tout d’abord cette évidence : plus un muscle est gros, plus il peut fournir de force. Certes, mais avec des limites. Au fur et à mesure que le muscle s’épaissit, son efficacité cesse d’augmenter. A cause de changements de son architecture interne. Et aussi une question très technique de dilutions des protéines (ce sont elles qui font le travail de la contraction musculaire). 

Ces explications physiologiques sont d’une extrême complexité, mais ce qui nous importe ici est leur conséquence : il existe une taille optimale pour un muscle, au-delà de laquelle l’augmentation de son volume n’apporte pas un gain proportionnel de force. En clair : des muscles trois fois plus gros ne feront pas de vous quelqu’un de trois fois plus fort

En outre, le fait de pouvoir soulever un énorme poids (ce qui relève de la force), ne signifie pas que vous pourrez le faire rapidement (question de puissance). Or, c’est de puissance dont ont besoin les coureurs comme les boxeurs. Rien ne sert d’avoir 55 cm de tour de biceps, si votre poing avance lentement vers la mâchoire de votre adversaire. 

La différence entre les culturistes et les athlètes classiques saute aux yeux à l’entrainement

Les culturistes travaillent avec des charges énormes, inhumaines au sens littéral du terme, alors que la plupart du temps, les sportifs travaillent avec leur propre poids.  

Le cœur de l’explication est là : porter des charges de plus en plus grosses a pour conséquence, non pas de fortifier le muscle, mais simplement de lui faire prendre du volume. C’est le but, mais c’est un but esthétique, et non pas sportif. (Les bodybuilders s’enduisent d’huile pour faire ressortir les reliefs de leur musculature par effet de miroitement ; ils passent devant un jury, pas devant un chronomètre.) Moralité : la taille ne fait pas tout. 

Jusqu’à preuve du contraire. 

 

Grand prix d\'Australie de bodybuilding à Melbourne, le 9 mars 2013.
Grand prix d'Australie de bodybuilding à Melbourne, le 9 mars 2013. (ROBERT CIANFLONE / GETTY IMAGES)