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Les infox de l'Histoire : "L'affaire d'Outreau, un désastre judiciaire et un emballement médiatique"

Entre 2001 et 2004, une affaire sordide concernant des faits d'agression sexuelle sur des mineurs à Outreau débouchait sur l'acquittement de 13 des 17 accusés dont certains ont fait jusqu'à trois ans de prison, mettant en cause un dysfonctionnement de la justice, mais aussi la responsabilité des médias. Avec Gilles Antonowicz, avocat et essayiste.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 25 min
Myriam Delay Badaoui, principale accusée dans l'affaire d'Outreau et son mari Thierry Delay attendent le début de l'audience, le 8 Juin 2004 au palais de justice de Saint-Omer. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Quand Myriam Badaoui et son mari Thierry Delay sont entrés dans son bureau le 22 février 2001, le juge Burgaud était loin d'imaginer que commençait pour lui une affaire qui allait faire la une de l'actualité judiciaire pendant plus de quatre ans. Venu de la petite ville d'Outreau, au sud de Boulogne, le couple qu'il a devant lui est mis en examen et incarcéré, soupçonné d'abus sexuels sur ses quatre enfants mineurs. Un dossier comme celui-là ne le surprend pas : Fabrice Burgaud en a déjà plusieurs sur son bureau. Il intéresse d'ailleurs à peine le journal local La Voix du Nord qui ne lui accorde que quelques lignes le 7 avril, puis plus rien pendant sept mois. Jusqu'à ce que de nouvelles révélations faites par les enfants Delhaye et leur mère, Myriam Badaoui, donnent à cette affaire une autre dimension et que la France entière la découvre dans la presse écrite, à la radio et à la télévision. Patrice Gélinet revient sur cette affaire aux côtés de Gilles Antonowicz, avocat et essayiste, auteur du livre Outreau, l'histoire d'un désastre (ed. Max Milo).

Patrice Gélinet : C'est un désastre judiciaire mais aussi, écrivez vous, un emballement des médias qui, au mépris du secret de l'instruction et de la présomption d'innocence, ont cru sur parole ce que disaient les victimes sans le vérifier et affirmer que les accusés étaient coupables avant même d'être jugés. Puis les mêmes médias les ont déclaré innocents quand on s'est rendu compte que ce dont on les accusait reposait sur des mensonges. En vous lisant, on se rend compte, Gilles Antonowicz, que les médias ont joué un rôle considérable dans cette affaire.

Gilles Antonowicz : Ah oui, tout à fait. Ils ont été une caisse de résonance extraordinaire. Au départ, ça ne les a pas beaucoup intéressés puisqu'au départ, c'est une affaire tristement banale. Il faut quand même savoir que dans la cour d'assises de Saint-Omer, on examine des dossiers et pour 70% d'entre-eux, ce sont des histoires de viol. Il faut savoir que dans le cabinet du juge Burgaud, il a à peu près 120 dossiers dans son cabinet, il y en a une cinquantaine qui sont des affaires de viol. Donc au départ, c'est vrai que c'est une affaire banale, ça n'intéresse pas grand monde.

Les médias nationaux n'en ont parlé qu'en novembre 2001, alors que l'affaire avait commencé par la mise en examen de Myriam Badaoui et de son mari Thierry Delay, soupçonnés donc d'abus sexuels sur leurs quatre enfants, se sont rendu compte, avant même d'ailleurs, qu'ils soient mis en examen, les familles d'accueil où les enfants étaient placés.

Qu'est-ce qui s'est passé en fait dans cette histoire ? Il se passe qu'au sein de la famille Delay, on a des enfants âgés entre 2 et 8 ans, qui sont violés trois fois par semaine par leurs parents et de manière moins fréquente par deux de leurs voisines. Ça, c'est quelque chose qui est acquis. Et au sein de cette famille, le père Delhaye est quelqu'un qui est un collectionneur. Il collectionne les cassettes pornographiques et les cassettes de films d'horreur. Quand on a fait une perquisition chez lui, on a trouvé 300 cassettes, 200 cassettes sur lesquelles c'était des films pornos et une centaine, étaient des films d'horreur et ça tournait en permanence. Et les enfants regardaient ça en permanence. Moi, je ne dis pas que les enfants ont menti, je dis que les enfants ont été évidemment traumatisés par les viols qu'ils subissaient, mais ensuite, quand on leur a posé des questions, quand les adultes les ont pressés de dire toujours davantage, ils ont répondu à la demande des adultes et ils ont puisé ce qu'ils ont dit dans ce qu'ils ont vu, dans cet espèce de magma invraisemblable qu'ils ont vu pendant des années à leur domicile, ces cassettes où effectivement il y avait des scènes de zoophilie, puisque ça aussi c'est ressorti dans la procédure...


Avec "Les infox de l’Histoire", la troisième saison du podcast de la Fondation Descartes en partenariat avec franceinfo, voyagez à travers les époques au cœur des grands épisodes de désinformation. Patrice Gélinet et ses invités exposent et analysent les infox qui ont défrayé la chronique de l’antiquité à nos jours. Complotisme, désinformation, rumeurs, calomnies, emballements médiatiques… Une troisième saison de huit épisodes pour décrypter les mensonges de l’Histoire.


Producteur : Patrice Gélinet
Réalisatrice : Gilles Blanchard
Documentaliste/Attachée de production : Juliette Marcaillou
Technicien : Nadège Antonini

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