VRAI OU FAUX. Y-a-t-il vraiment de plus en plus d'homicides commis par des mineurs, comme l'affirme Fabien Roussel ?

Après la mort de plusieurs mineurs, tabassés ou poignardés, le secrétaire national du parti communiste assure sur franceinfo qu'il n'y a "pas d'augmentation des homicides" ces vingt dernières années, mais que "les homicides commis par des jeunes sont de plus en plus nombreux". Il y a du vrai et du faux.
Article rédigé par Lise Roos-Weil
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Déploiement de policiers dans un quartier de Nice le 26 mars 2024. Photo d'illustration (CIRONE CHRISTOPHE / MAXPPP)

Les réactions se multiplient ces dernières semaines en France, après la mort de Shemseddine, 15 ans, tabassé à la sortie du collège jeudi 4 avril à Viry-Châtillon (Essonne), et après la mort d'un autre jeune de 15 ans, mardi 9 avril, poignardé à Romans-sur-Isère (Drôme). Invité de franceinfo le 8 avril, le secrétaire national du parti communiste Fabien Roussel a réagi : "Il n'y a pas une augmentation des homicides par rapport à ces 15 ou 20 dernièes années, en revanche des actes de violence et des homicides commis par des jeunes sont de plus en plus nombreux". Le nombre d'homicides est-il vraiment stable ces vingt dernières années ? Y-a-t-il de plus en plus d'homicides commis par des mineurs ? 

Pas d'explosion des homicides en France mais une inversion de la tendance ces dernières années

C'est plutôt vrai de dire que le nombre d'homicides n'a pas augmenté ces vingt dernières années en France, si l'on compare le nombre ou le taux d'homicides enregistrés par la police et la gendarmerie entre 2004 et aujourd'hui. Mais ces dernières années, il y a quand même une tendance à la hausse, comme l'a expliqué à franceinfo l'expert indépendant en statistiques policières et judiciaires Cyril Rizk. Le nombre d'homicides enregistrés par les forces de l'ordre a augmenté de 3% en moyenne chaque année entre 2016 et 2022, précise une note du service statique du ministère de l'Intérieur (SSMSI). Ces données comprennent les homicides intentionnels et les violences ayant entrainé la mort. Le ministère précise que des études plus approndondies de ces statistiques vont être faites pour examiner "avec précaution" ces évolutions et "analyser les déterminants".

On ne parle pas d'une explosion des homicides en France mais bien d'une inversion de la tendance. Pendant des années, entre 1990 et 2015, le taux d'homicides baissait en France, et dans la majorité des pays occidentaux, comme le constatait à l'époque l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) ou encore, plus récemment, le service statistiques du ministère de l'Intérieur. Mais depuis 2016, on constate une légère inversion de la courbe, avec une augmentation régulière, bien que limitée, du nombre d'homicides constatés par la police et la gendarmerie.

La part des mineurs mis en cause pour homicide reste stable

Parmi ces homicides, y-a-t-il de plus en plus d'actes commis par des mineurs ? Le nombre de mineurs mis en cause pour homicide a tendance à augmenter depuis 2016, si l'on examine une série de données fiabilisées par le SSMSI, comme le total des homicides. Mais la part dans le total des homicides reste stable. Les moins de 18 ans représentent entre 7 et 9% des mis en cause chaque année pour homicide, c'est-à-dire de toutes les personnes soupçonnées d'actes considérés comme des homicides à ce stade de l'enquête. Un rapport d'information du Sénat, publié en septembre 2022, fait le même constat. Franceinfo a par ailleurs compilé les données depuis 2012 des condamnations pour homicides, émanant du ministère de la Justice : la part des mineurs dans le total des condamnations pour homicide est également stable, sur dix ans, autour de 6%.

Dans le débat public, on entend régulièrement dire que les agresseurs et les victimes d'homicides sont "de plus en plus jeunes". Statistiquement, cette affirmation est fausse. Des sociologues comme Marwan Mohammed, chargé de recherche au CNRS, ou encore Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, dénoncent d'ailleurs un discours "caricatural". Ces violences entre jeunes ont toujours existé. Ils citent notamment le phénomène des "blousons noirs" dans les années 1950-1960, marqué par des affrontements entre bandes rivales, veste en cuir sur le dos. Il y a en fait une différence entre la perception qu'on a des violences, alimentée par l'écho politique et médiatique et l'omniprésence des images aujourd'hui, et la réalité des faits.

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