VRAI OU FAUX. Peut-on réellement remplir un Cerfa de "déclaration de décision d'euthanasie" ?

Un formulaire administratif proposant de faire une "déclaration de décision d'euthanasie" a été vu plus de 300 000 fois sur les réseaux sociaux. Mais il s'agit d'un faux.
Article rédigé par Armêl Balogog
Radio France
Publié
Temps de lecture : 101 min
Le faux formulaire de déclaration de décision d'euthanasie publié sur un compte X le 25 novembre 2023. (CAPTURE D'ECRAN)

"Avez-vous déjà vu ce formulaire !?", demande une internaute le 25 novembre sur le réseau social X en publiant ce qui a tout l'air d'être un document administratif officiel : il faut remplir son nom, son prénom, son numéro de sécurité sociale et d'autres informations. Son titre interpelle néanmoins, il s'agit d'une "déclaration de décision d'euthanasie". Un formulaire devant "être remis à votre organisme dans les trois jours qui précèdent la mise à mort". "Bienvenue en Macronie", commente quelqu'un d'autre.

Ce message, vu 300 000 fois, n'apporte aucun contexte. Mais est-ce un vrai document ?

Le contenu loufoque du formulaire

Il s'agit d'un faux. Des lecteurs ont d'ailleurs ajouté une note et de nombreux commentaires sous le post. Le premier indice de la fausseté du formulaire réside dans l'absence de numéro d'identification en-dessous du logo Cerfa (du Centre d'enregistrement et de révision des formulaires administratifs) qui se trouve en haut à gauche du document, alors que c'est obligatoire.

Le deuxième indice, grossier, se trouve à la lecture du formulaire. Dans un encadré intitulé "Moyens mis en œuvre pour l'euthanasie", il est demandé de cocher une case pour dire comment l'on voudrait être euthanasié. À côté de choix vraisemblables, certains apparaissent d'un autre âge et d'autres complètement loufoques : l'injection létale, l'arrêt des perfusions alimentaires, la guillotine, la chaise électrique, l'arme à feu, les explosifs ou l'arrêt des "appareils qui font bip et pouic". Ceux qui ont plus d'imagination peuvent aussi dessiner un schéma précis sur le verso du document.

De nombreux internautes accusent de complotisme celle qui a diffusé ce document sans aucun contexte, avec un message pouvant aussi bien être interprété comme une blague que comme une question scandalisée, sachant qu'elle colporte aussi de fausses informations sur le vaccin contre le Covid-19. Ils lui reprochent de créer de la désinformation sur un sujet qui est déjà au combien délicat. Elle s'en amuse sans clarifier sa position ni supprimer le document.

Un projet de loi sur la fin de vie dans les prochaines semaines

En réalité, l'euthanasie est illégale en France et l'inclusion de l'euthanasie dans le prochain projet de loi sur la fin de vie du gouvernement n'est pas encore décidée, voire plutôt mal partie selon les informations du service politique de France Inter datant de début novembre.

Ce projet de loi doit en effet être présenté dans les prochaines semaines par le gouvernement, comme l'a indiqué le porte-parole du gouvernement Olivier Véran le 14 novembre sur France Inter. Ce projet de loi devra fixer les critères requis pour pouvoir avoir recours au suicide assisté, c'est-à-dire recevoir une aide à mourir. Pour l'instant, cinq critères sont retenus : il faut être majeur, habiter en France, subir une souffrance "insupportable", être en mesure de faire un choix libre, éclairé, répété et avoir un pronostic vital engagé à moyen terme. Ce dernier critère écarterait de nombreuses personnes atteintes, par exemple, de la maladie de Charcot qui entraîne une paralysie progressive.

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