VRAI OU FAUX. Peut-on parler de "préférence étrangère" dans l'attribution des logements sociaux, comme l'affirme Jordan Bardella ?

Alors que le gouvernement envisage une réforme du logement social, le président du Rassemblement national et tête de liste aux élections européennes affirme que "31 des immigrés sont aujourd'hui en HLM" et qu'"une véritable préférence étrangère" s'est instaurée dans leur attribution.
Article rédigé par Lise Roos-Weil
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Un HLM en région parisienne (photo d'illustration). (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Alors que le gouvernement envisage de réformer le logement social en France, en favorisant le départ des locataires qui ont dépassé les plafonds de revenus, le président du Rassemblement national et tête de liste aux élections européennes considère, lui, qu'il y a un problème dans l'attribution des logements sociaux. "Je vous rappelle qu'il y a 31% des immigrés qui sont aujourd'hui en HLM. Et on le sait, dans les logements sociaux, notammment dans les banlieux, sous le poids de décisions politiques d'une partie de la gauche s'est instauré une véritable préférence étrangère", a lancé Jordan Bardella sur BFMTV. Vrai ou faux ?

31% des ménages dont la personne de référence est née à l'étranger vivent dans un logement social

Le chiffre est juste. 31% des ménages dont la personne de référence est née à l'étranger, donc 31% des ménages considérés comme "immigrés", habitent dans un logement social, selon les dernières données de l'Insee, publiées en 2018 et portant sur l'année 2016. À titre de comparaison, 14% des ménages dont la personne de référence est née en France vivent en HLM. Mais ce n'est pas la preuve, comme le suggère Jordan Bardella, d'une "préférence étrangère". D'abord parce que "immigrés" et "étrangers" recoupent deux réalités différentes. Les immigrés sont nés hors de France mais une partie d'entre eux ont obtenu depuis la nationalité française. Ce sont donc des Français qui vivent dans un logement social, et pas des étrangers.

Mais l'origine n'est pas un critère d'attribution

On ne peut pas non plus parler de "préférence étrangère" parce que ces personnes n'ont pas obtenu un logement social en raison de leur origine, ce n'est pas un critère d'attribution. Il faut répondre à des critères sociaux  : les revenus et la composition de la famille sont les principaux critères. Or, les familles immigrées ont en moyenne des revenus plus faibles. Ce sont aussi plus souvent des familles nombreuses ou monoparentales. "Leurs ressources, la composition de leur famille ou leurs conditions de logement antérieures correspondent plus fréquemment aux critères d’attribution d’un logement social", écrit l'Insee. Globalement, ces familles ont plus de mal à trouver un logement, elles se tournent donc vers le logement social. C'est une réalité que l'on retrouve dans d'autres pays d'Europe, comme le précise la Fondation Abbé Pierre.

Cela ne veut pas dire que les famille immigrées occupent une grande partie des logements sociaux. 31% des immigrés vivent dans un HLM mais ils n'occupent pas 31% des HLM. D'après la dernière enquête logement réalisée par l'Insee, 2,7 millions de ménages immigrés vivent en France. Parmi eux, 31% vivent dans un HLM. Cela correspond donc à environ 840 000 logements sociaux occupés par une famille immigrée. Par ailleurs, 25,3 millions de ménages sont considérés comme "non immigrés". Parmi eux, 14% habitent un HLM. Environ 3,5 millions de logements sociaux sont donc occupés par une famille dont la personne de référence est née en France.

La majorité des habitants en HLM sont nés en France

On peut donc dire qu'environ 80% des logements sociaux sont habités par des familles nées en France. Les immigrés occupent moins de 20% de tous les logements HLM. Concernant les étrangers, en 2017, l'union sociale pour l'habitat estimait à 12% la part des logements sociaux habités par des étrangers. Le ministère du Logement avait de son côté indiqué au Monde que, en 2015, 3,8% des logements sociaux avaient été attribués à des Européens et 13% à des étrangers hors Union européenne.

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