Le vrai du faux. Suppression d'une partie des vols intérieurs : l'engagement est-il vraiment "tenu", comme le dit Emmanuel Macron ?

Le chef de l'Etat s'est félicité de la publication d'un décret... qui ne change pas vraiment les choses.
Article rédigé par Thomas Pontillon
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Tableau d'affichage des vols à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, près de Paris, en mars 2018. Photo d'illustration (MAXPPP)

Depuis la publication mardi 23 mai d'un décret, une partie des vols intérieurs en France sont interdits s'il y a une alternative en train en moins de 2h30. C'était une promesse du gouvernement, issue des travaux de la Convention citoyenne sur le climat. Depuis mardi, plusieurs ministres se sont félicités de la publication du décret. Emmanuel Macron a salué dans un tweet un "engagement tenu". 


Des vols continuent depuis Roissy-Charles de Gaulle 

L'engagement est-il vraiment tenu ? Pas vraiment. Par exemple, rien qu'aujourd'hui on trouve facilement des vols au départ de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, près de Paris, pour aller à Lyon. Il y a cinq vols par jour. On trouve aussi cinq Paris-Bordeaux, quatre Paris-Nantes et même un Paris-Rennes. Si on ajoute les avions dans l'autre sens, ça fait une trentaine de vols aujourd'hui entre ces villes qui sont pourtant toutes reliées en TGV en moins de 2h30. 

Comment est-ce possible ? Pour comprendre il faut lire attentivement le décret qui définit les conditions : le trajet en train doit desservir, sans changement, les mêmes villes que les aéroports concernés. En clair : si vous partez de Roissy, ce n'est pas Paris. C'est à une vingtaine de kilomètres et l'aéroport dispose d'une gare TGV. Le décret estime par exemple que le trajet n'est pas Paris-Nantes, mais Roissy-Nantes. Et là, il faut plus de 2h30 de train au départ de la gare TGV de Roissy. Les vols sont donc maintenus. 

Par ailleurs, ce n'est pas la seule condition. Le décret exige aussi qu'il y ait suffisamment de trains à des horaires appropriés et qui permettent de faire l'aller-retour sur une journée entière. Ce n'est pas le cas au départ de la gare TGV de Roissy-Charles de Gaulle. Ce n'est pas le cas non plus entre Lyon et Marseille : il n'y a pas assez de trains entre les aéroports de ces deux villes, donc les vols de moins d'une heure continuent, alors que le voyage se fait en un peu plus de 2h sur les rails. 

Seulement trois lignes concernées 

Finalement cette interdiction concerne trois lignes : Orly-Nantes, Orly-Bordeaux et Orly-Lyon, puisque Orly n'a pas de gare TGV. Mais même ces trois lignes ne sont pas vraiment concernées parce que depuis deux ans, il n'y a plus de vols entre ces villes au départ d'Orly. En 2020, en plein Covid, le gouvernement a contraint Air France à renoncer à ses liaisons en contrepartie d'un soutien financier. Autrement dit : ce décret confirme ce qui existait déjà et ne cloue pas plus d'avions au sol. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.