Le rendez-vous de la médiatrice, France info

Le rendez-vous de la médiatrice. Le traitement éditorial sur franceinfo : Sophie Le Tan et Adèle Haenel

Richard Place, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo est au micro de la médiatrice des antennes de Radio France pour répondre aux auditeurs.

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Des proches de Sophie Le Tan manifestaient le 5 octobre 2018 devant le tribunal de Strasbourg.
Des proches de Sophie Le Tan manifestaient le 5 octobre 2018 devant le tribunal de Strasbourg. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Le traitement de l'affaire du meurtre de Sophie Le Tan et les détails sur sa mort ont suscité de nombreuses questions chez les auditeurs de franceinfo qui ont écrit à la médiatrice des antennes de Radio France, Emmanuelle Daviet.

Les détails sur la mort de Sophie Le Tan

"L'information selon laquelle son corps a été démembré a été largement apportée et reprise, nous écrit un auditeur. Cette répétition me semble injustifié, inutile, et un manquement au respect pour elle, pour la douleur de sa famille et de ses proches. Se contenter de confirmer une concordance d'ADN m'aurait semblé montrer de respect, d'humanité et de professionnalisme".

franceinfo : qu'en pensez-vous ?

Richard Place, directeur adjoint de la rédaction : L'actualité traitée à franceinfo est souvent violente, notre objectif n'est évidemment pas de choquer. Mais nous devons raconter l'actualité telle qu'elle est. Les auditeurs ne comprendraient pas que l'on édulcore le récit d'une guerre ou d'un fait divers.

Dans le cas de Sophie le Tan, le fait que le corps soit découvert démembré est une information importante dans ce fait divers très suivi (découverte de l'ADN de la jeune fille sur une scie appartenant au principal suspect.) Le jour où le procureur annonce cette découverte, en précisant qu'il pourrait s'agir du corps de Sophie le Tan, nous avons décidé de ne pas répéter cette information comme nous le faisons régulièrement sur les sujets au cœur de l'actualité.

Nous faisons ce choix, à ce moment-là, car l'identification n'a pas encore eu lieu.
Mais dans les faits divers, ce sont les détails qui font l'intérêt de l'information, nous ne pouvons pas et ne voulons pas les occulter. L'actualité est parfois choquante. Régulièrement, nous prenons certaines informations comme une claque, c'est aussi la réalité du monde que nous racontons.

L'affaire Adèle Haenel

Un message de Jacques : "Je suis très étonné du traitement de l'affaire Haenel, les journalistes livrent les accusations de cette actrice sans le moindre filtre, en les prenant pour argent comptant et en reprenant Médiapart sans le moindre esprit critique.
Médiapart a mené une "enquête" à charge sans aucune des garanties qu'offre la justice, et vos journalistes reprennent les données et les valident."

Que vous inspire cette réflexion Richard Place ?

Nous avons une règle de certification de l'information à franceinfo : nous ne donnons que des informations que nous avons vérifiées nous-mêmes ou qui sont clairement sourcées dans d'autres médias.

Dans le cas d'Adèle Haenel et de Médiapart, nous n'avons évidement pas refait la longue enquête du site d'investigation, en revanche la comédienne est citée clairement, nommément. Ce sont ses propos que nous avons relayés, car ce qu'elle relate n'est pas anodin, c'est détaillé, précis, c'est une actrice en vue, qui porte dans le cinéma français ; le milieu du cinéma a pris également de plein fouet, "Me Too", "balance ton porc", l'affaire Weinstein. Pour toutes ces raisons, nous avons relayé ses propos, non sans avoir sollicité son avocat et le réalisateur mis en cause...

Un sujet comme celui-là fait l'objet de discussions au sein de la rédaction : faut-il traiter ? Comment traiter ? Quelle place accorder à ce témoignage ? Nous ne sommes ni la police, ni la justice, nous sommes journalistes, nous rendons compte de l'actualité, dans ce cas, d'un témoignage que nous avons jugé fort, nous n'accréditons aucune thèse, nous rendons compte.

Des proches de Sophie Le Tan manifestaient le 5 octobre 2018 devant le tribunal de Strasbourg.
Des proches de Sophie Le Tan manifestaient le 5 octobre 2018 devant le tribunal de Strasbourg. (FREDERICK FLORIN / AFP)