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Un effet de la crise : les prêts d'argent entre particuliers se développent

Peut-on se passer des banques pour emprunter de l'argent ? C'est sans doute un effet de la crise : les crédits entre particuliers se développent en France. La formule est assez répandue en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, où cela existe depuis 6 à 7 ans déjà. En France, cela reste marginal pour l'instant. Mais cela séduit de plus en plus de monde.

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Ce sont des sites internet qui
proposent de prêter de l'argent versée par des particuliers à d'autres
particuliers. Il s'agit souvent de petites sommes : 8.000 à 10.000 euros en
moyenne. Friendsclear, par exemple, finance des projets professionnels. L'emprunteur
y présente son activité. Les prêteurs lui posent des questions, puis décident de lui prêter de l'argent ou pas.

Delphine Ogihara, photographe à Dieppe,
avait besoin de 3.500 euros pour acheter un objectif et des éclairages. Elle a
testé ce système parce que sa banque ne lui aurait pas accordé ce crédit. Et la
jeune femme, qui a fondé Icône photo il y a trois ans raconte :

"Quand j'ai décidé de me mettre à
mon compte, j'ai
bien vu que ma propre banque était très réticente, parce que je n'étais pas
salariée, je n'étais pas rassurante. Donc le crédit, j'ai décidé de le faire
ailleurs."

Mais attention, l'objectif des
crédits entre particuliers n'est  pas de
financer ce que les banques refusent de financer. Pas question de prêter à
quelqu'un qui ne serait pas solvable. Prêt
d'union
propose des crédits à la consommation. Comme une banque, ce site
vérifie que son client pourra bien rembourser ou n'est pas surendetté.

Un phénomène encore marginal

Sophie vient d'emprunter 8.000
euros, à un peu moins de 6% sur 3 ans, pour s'acheter une voiture. "Je ne
voulais absolument pas passer par les banques"
, lance-t-elle. Pédiatre, elle
n'aurait eu aucun mal obtenir un crédit. Mais écœurée par "des frais abusifs
et l'absence de gestes commerciaux"
, elle a préféré se tourner directement vers
un prêt entre particuliers.

Le phénomène reste encore très
marginal. Friendsclear prête 100.000 à 150.000 euros par mois, Prêt d'union un
million, bien en deçà des 90 milliards empruntés chaque mois par les
particuliers auprès des banques.

Ces sites fonctionnent véritablement
depuis quelques mois seulement. Mais cela progresse vite. Charles Egly,
co-fondateur de Prêt d'union estime que :

"On revient aux sources de la
banque.  Dans les villages il y avait des
épargnants, qui finançaient les projets d'autres villageois."

Le système fonctionne maintenant à
l'échelle d'internet. Tout est fait en ligne, avec peu de salariés, peu de
coûts. Ce qui permet de proposer à l'emprunteur des taux de crédits un peu plus
bas que ceux des banques.

Quant au particulier qui investit
son argent, il y trouve son intérêt également. "C'est mon placement le plus
intéressant"
, confie Danièle, retraitée, qui a prêté 6.000 euros sur 3 à 5 ans
à des particuliers. Cela lui rapporte 5 à 6.5% par an. "Mieux que les livrets
bancaire ou que la bourse, très risquée aujourd'hui",
affirme-t-elle.

La vigilance est de mise

Le système semble attractif. Mais
attention les risques sont réels. Seuls quelques sites (notamment ceux mentionnés ci-dessus) offrent de véritables
garanties : ils ont par exemple l'agrément de la Banque de France ou ils sont
adossés à une banque.

Beaucoup, en revanche, d'autres fonctionnent
un peu comme des sites de rencontres, entre un prêteur et un emprunteur. Serge
Maître de l'AFUB l'Association française des usagers des banques appelle d'ailleurs
à la plus grande vigilance avant d'expérimenter le crédit entre particuliers :  

"Le gros danger c'est que l'on ne sait pas toujours à
qui l'on a à faire. Certains sites ne vérifient pas les identités."

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