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Municipales 2014 : quand les militants PS "courbent l'échine"

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Depuis mai 2012, depuis que la gauche est au pouvoir, elle connaît un désamour croissant des électeurs. Cela s'est vérifié lors de quasi tous les scrutins partiels. A 5 mois des élections municipales, France Info est allé à la rencontre des militants socialistes.  Ces militants qui vivent des débuts de campagne difficiles.
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Radio France
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L'ambiance
dans les fédérations départementales du PS, ces dernières semaines, n'est pas
vraiment au beau fixe. Les militants ont connu des jours meilleurs. Des
responsables de sections confient que certains refusent de distribuer les
tracts envoyés par le siège national du parti. D'autres expliquent qu'ils
préfèrent retarder leur entrée dans la campagne des municipales car l'accueil
risque d'être assez froid de la part des habitants. D'autres encore se
contentent pour l'instant de distribuer les tracts appelant à s'inscrire sur
les listes électorales.

A
Issy-les-Moulineaux, là, la gauche est entrée en campagne. Il faut dire que
dans cette commune, le PS incarne l'alternance puisque le maire de droite André
Santini est aux commandes de la ville depuis pas moins de 33 ans. Mais même
dans ce contexte local, le jeune candidat du PS Thomas Puijalon se garde bien
pour le moment de mettre la rose au poing, logo du PS en bas de ses tracts
distribués aux sorties de métro et sur les marchés ces derniers jours. "Laissez-moi
vous présenter Thomas Puijalon, candidat à la mairie", "Pour les
prochaines municipales, découvrez le candidat du renouveau pour la
ville
". C'est avec ces formules que les militants vont au devant des
passants. Sans afficher trop vite et trop clairement la couleur politique pas
vraiment des plus populaires en ce moment.

Quand une discussion s'engage
avec certains citoyens, là ils finissent pas préciser que leur poulain est le
candidat du PS. Ils reçoivent alors un accueil mitigé, bien moins chaleureux
qu'il y a un an et demi, avant l'arrivée de François Hollande à l'Elysée.

 "Un goût amer dans la bouche"

"Moi
je suis de gauche, mais ces derniers temps, j'ai comme un goût amer dans la
bouche, je suis déçu
", explique un jeune homme d'une trentaine d'année.
Ils sont nombreux comme lui à s'impatienter, à espérer le
changement  promis par le chef de l'Etat. Un autre électeur s'arrête. Lui
aussi  réclame "un coup de barre à gauche ". Il se souvient du
candidat Hollande présentant la finance comme son ennemi, et explique ne pas
avoir vu la concrétisation de ces engagements en faveur de plus de justice
sociale.

Déception,
mécontentement : cela reflète finalement les 26 % d'opinions favorables
pour François Hollande dans les derniers sondages.

Une situation difficile à gérer

A
l'image de Thomas Puijalon à Issy-les-Moulineaux, les candidats PS sont
nombreux à s'efforcer de présenter au maximum les municipales comme un scrutin
100% local et non partisan. "Je vais ouvrir ma liste à la société civile.
Il y aura avec moi des personnes de gauche, mais aussi des personnes de droite.
Je veux rassembler des talents de tous bords car les enjeux à Issy sont
particuliers et très locaux
", explique le jeune candidat qui tient bon,
qui fait face dans un contexte national défavorable.

Du côté des militants, les
plus sincères ne cachent pas que la période est douloureuse.  "Moi,
je milite depuis 15 ans et je dois avouer que ça a rarement été aussi délicat
pour nous de militer. Quand on fait du porte-à-porte ou quand on va à la
rencontre des habitants en ville, on se fait interpeller par des gens qui ne
comprennent pas la politique d'imposition du gouvernement Ayrault. Ces gens
nous demandent pourquoi cette équipe de gauche ne fait pas plus pour le pouvoir
d'achat des moins fortunés
", confie Claude 62 ans. "Nous, les
militants PS en ce moment, on courbe l'échine, on a un peu le cuir tanné, mais
il faut rester fidèles à notre camp malgré tout. J'ai encore espoir et je pense
aux réalisations parce qu'il y en a tout de même
", ajoute le sexagénaire.

 Des maires qui claquent la porte du PS

 Certains
ne sont pas prêts à la fidélité à toute épreuve de Claude. Ainsi des militants
et même quelques élus déçus quittent le PS.

Deux
maires ont rendu leurs cartes et l'ont fait savoir ces derniers jours : celui
de Conflans-Sainte-Honorine, et celui de Fleury-Mérogis. Le maire de Fleury,
David Derrouet, 36 ans, au PS depuis 20 ans était pourtant un soutien de
Hollande de la première heure. Il l'avait même accueilli dans sa commune lors
des primaires en 2011. Un maire déçu. Dans son bureau, il y a bien un portrait
de chef d'Etat, mais c'est celui de François Mitterrand.... un portrait jauni.
"La désillusion est très grande. Je ne me reconnais pas du tout dans la
politique de logement, la politique fiscale, la politique pénitentiaire de ce
gouvernement, sans parler des questions de pouvoir d'achat. Quand je reçois
dans mon bureau des retraités qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts alors
qu'ils ont travaillé toute leur vie, j'ai honte de la politique menée en ce
moment
", dénonce le jeune maire amer.

Pas
question pour David Derrouet de rejoindre pour autant le Front de gauche de
Jean-Luc Mélenchon ou tout autre parti.

Après l'hémorragie des militants, celle des électeurs?

Déçu,
le premier secrétaire du PS de Charente, Jonathan Munoz l'est aussi. Il craint
que la facture soit très lourde en mars. Il le dit dans une lettre adressée à
ses militants la semaine dernière, lettre publiée par la presse locale. "Je
sais que vous vous interrogez sur le cap de ce gouvernement, sur son action
"
écrit-il, "il y a urgence à rectifier le tir sinon cela risque d'être
terrible pour nous aux prochaines élections
" peut-on lire encore dans
ce courrier. Jonathan Munoz explique qu'il reçoit régulièrement des coups de
téléphone de militants qui demandent qu'on ne les compte plus dans les rangs du
PS. "Après l'hémorragie de militants, j'ai bien peur que se prépare une
hémorragie des électeurs car je reçois aussi des coups de fils d'électeurs
sympathisants qui en sont à annoncer que pour les prochaines élections, ils
voteront Front national"
, explique Jonathan Munoz pour qui un
remaniement avant le mois de mars serait l'une des solutions.

Il
n'est pas le seul au sein de sa fédération départementale, et parmi d'autres à
penser que changer le premier ministre serait les militants inquiets une
possibilité pour éviter la déroute. En  majorité, ils suggèrent Martine Aubry ou Manuel Valls.

 

 

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