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La question de l'indépendance divise l'Écosse

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Va-t-on assister dans les prochaines années à l'éclatement du Royaume-Uni ? On n'en est pas encore là mais un référendum sur l'indépendance de l'Écosse sera organisé d'ici deux ans. Le Premier ministre britannique David Cameron et son homologue à Edimbourg, Alex Salmond, se sont mis d'accord lundi sur les modalités de ce scrutin qui devrait avoir lieu à l'automne 2014.
Article rédigé par
Radio France
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Le sujet a toujours passionné les foules de l'autre côté du
mur d'Hadrien, frontière avec l'Angleterre. Mais l'indépendance de l'Écosse est
vraiment au cœur du débat politique depuis que le SNP, le parti nationaliste
dirigé par Alex Salmond, a remporté l'an dernier à la surprise générale la
majorité absolue au Parlement régional.

Dès lors, un référendum ne faisait plus de doute. Pour le
moment toutefois, l'écrasante victoire électorale des indépendantistes ne se
reflète pas dans les sondages d'opinion. Le "oui" ne dépasse pas 40%
des intentions de vote.

Faire campagne pour sauver le Royaume-Uni

Dans les rues d'Edimbourg, une majorité de personnes
partagent l'opinion de Margaret Scott, une électrice du parti conservateur. "Nous
devrions tous coopérer et utiliser nos ressources au sein du Royaume-Uni
,
dit-elle. Ce débat a été provoqué par une minorité. La presse raconte que le
SNP est le parti du peuple, mais c'est faux. Et moi ça ne pose pas de problème
d'être à la fois Britannique et Écossaise."

Le SNP, classé à gauche, part donc de loin. Il est
isolé face aux trois grands partis du pays, conservateurs, travaillistes et
libéraux-démocrates, qui ont décidé de faire campagne ensemble pour sauver le
Royaume-Uni.

Dans l'histoire des îles britanniques, les Écossais ont
souvent défié Londres. Ils célébreront d'ailleurs en 2014, date du référendum,
le 700ème anniversaire de la bataille de Bannockburn, quand Robert
Bruce a maté les troupes de l'envahisseur anglais. De quoi galvaniser le
patriotisme scottish .

L'union fait elle la force ?

Mais le principal argument du SNP est de nature économique.
Pour Alvyn Smith, député européen du SNP, une Écosse indépendante serait plus
riche : "Nous avons du pétrole et du gaz , dit-il, mais
aussi des énergies renouvelables. Notre agriculture et notre industrie sont
performantes, donc c'est un moment idéal pour prendre notre indépendance, c'est
une opportunité historique."

Les indépendantistes ont pour modèle la Norvège, un petit
pays riche en pétrole au PIB élevé. Christian Albuisson est Français, Écossais
d'adoption, au point d'avoir pris une carte du SNP : "Si ce pays
avait pu exploiter seul ses ressources, il aurait pu mener une politique
sociale plus soutenue qui aurait résolu beaucoup de problèmes."

  Les adversaires de l'indépendance estiment au contraire que
l'union fait la force. Ils citent l'exemple de la Royal Bank of Scotland renflouée
par le Trésor britannique au moment de la crise bancaire.

L'économie, clé du scrutin

Pour Paddy Bort, qui dirige l'Institut de la Gouvernance à
l'Université d'Édimbourg, l'économie sera en tout cas la clé du scrutin : "Si
le SNP convainc les Écossais que l'indépendance les rendra plus riches, ceux-ci
pourraient finir par voter oui.  Mais
s'ils n'y arrivent pas, il est très probable que le non l'emporte."

En apparence, les chances des indépendantistes semblent
minces.  Mais en Écosse, les conservateurs,
actuellement au pouvoir à Londres, recueillent très peu de suffrages. Et la
politique d'austérité est de plus en plus impopulaire. Ce qui pourrait jouer en
faveur des nationalistes.

Graham Thomson, un chauffeur de taxi d'Édimbourg qui
vote habituellement travailliste, a récemment changé d'avis : "Vous
m'auriez posé la question il y a six mois, j'étais partagé mais maintenant j'ai
franchi le pas et je pense que l'indépendance est une bonne chose. En cette
période d'austérité et d'agitation politique, je pense que les Ecossais veulent
revenir à des valeurs plus familières. C'est à nous et à nous seuls de prendre
les décisions."

Autre atout dans la main des indépendantistes : Londres
a accepté que les 16-17 ans puissent voter lors de ce référendum et le SNP est
convaincu que les jeunes sont plus favorables à l'indépendance. En 2014, après
deux ans de campagne, le scrutin pourrait donc être beaucoup plus indécis
qu'aujourd'hui.

 

 

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