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Baccalauréat J-7 : un lycée pour les adultes

Il ne reste plus qu'une semaine avant l'épreuve inaugurale du baccalauréat : la philosophie. Ils bûchent, révisent, potassent... C'est la dernière ligne droite pour les élèves de Terminale. Le Plus de France Info vous propose d'aller à la rencontre de lycéens pas comme les autres. Leur moyenne d'âge : 29 ans. Ils sont inscrits au lycée municipal d'adultes, un établissement unique en France.

(La classe de Terminale ES d'Olivier Moreau, professeur de Sciences économiques et sociales © RF / Mathilde Lemaire)

Ce lycée d'adultes se trouve rue d'Alésia dans le 14e arrondissement de la capitale. Il appartient à la Ville de Paris et  propose i des cours pour adultes depuis la fin du XIXème siècle. Un hall soigné et très coloré. Une cour de récréation. Au-dessus, dans les étages, on découvre les salles de classe avec les tableaux blancs. On pourrait se croire dans un lycée ordinaire, mais ici les 260 élèves sont salariés, chômeurs ou retraités. Ils viennent en cours de 18 à 22 heures du lundi au vendredi, et le samedi matin pour les Terminales.

Bouaké, grand gaillard de 32 ans, assiste très concentré aux derniers cours d'économie de l'année. Il prend en note les derniers conseils du professeur, il soigne ses graphiques et ne relâche pas son attention. Bouaké est agent d'entretien. Il a intégré le lycée en classe de première il y a deux ans, après un test de niveau comme c'est la règle pour tous ceux qu'ici on n'appelle pas des élèves, mais des auditeurs. Tous se présentent au baccalauréat en candidats libres.

Fatiguée des "boulots de merde"

"Vous n'imaginez pas combien je suis déterminé pour décrocher mon bac. J'ai appris tant de choses depuis deux ans ! Tout cela étanche ma soif de savoir. Vous pouvez demander à mes professeurs, je suis un des élèves les plus assidus de ma classe. C'est surtout en économie,  en philosophie et en histoire-géographie que j'ai acquis de nouvelles connaissances qui font de moi un citoyen différent. Maintenant, je veux valider tout cela avec le diplôme. Mais j'espère bien que ça ne sera pas mon dernier diplôme ", confie Bouaké qui s'est déjà préinscrit en faculté de gestion pour l'année prochaine. 

Nicole rêve également d'études supérieures. Pour le moment, elle jongle entre les petits boulots. Elle est surtout abonnée aux cdd de femmes de ménage, et aux journées de plonge dans les restaurants. A 36 ans, cette mère de deux enfants est en seconde. Le lycée - quatre heures tous les soirs - redonne "du sens à sa vie " depuis septembre dit-elle.

"Je ne fais que des petits jobs de merde depuis plus de 15 ans. Mais ça n'était pas du tout mon rêve évidemment. Alors, j'ai décidé que je ne me tuerai pas à tâche, et que je me donnerai les moyens de changer de vie. Quand j'ai découvert ce lycée municipal d'adultes, j'ai été comme délivrée. Désormais, je sais que je veux faire un métier que j'aime. Pourquoi pas sage-femme? Et tant pis si ça doit prendre encore des années ", s'amuse Nicole qui espère passer en classe de Première. Elle attend pour en être sûre son conseil de classe, ce rendez-vous incontournable ici comme dans n'importe quel lycée.

 

 

 

(Le hall principal du lycée pour adultes © RF / Mathilde Lemaire)

 

 

 

 

Concilier le travail, la vie de famille et les cours

Le conseil des Premières Scientifiques a déjà eu lieu. A l'issue, les professeurs ont attribué à Sarah les "encouragements". Cette élégante trentenaire est coiffeuse. Le baccalauréat pour elle est un sésame en vue de sa reconversion. Elle souhaite devenir architecte. Sarah a su concilier cette année son travail, le lycée, et une grossesse. Sa petite fille aura 1 an à la prochaine rentrée. Ce qui la fait tenir, c'est le soutien de son mari et de sa mère mais aussi l'esprit de camaraderie propre à ce lycée d'adultes.

"A 18h, les gens rentrent chez eux et se détendent. Nous ici, à 18h, on commence une deuxième journée. C'est parfois très difficile quand vous savez que votre famille vous attend chez vous, quand l'hiver il fait froid ou qu'il pleut. Alors, on doit absolument se serrer les coudes. Nous faisons tout pour avancer vraiment ensemble.  Si un camarade est absent, on va l'appeler pour prendre de ses nouvelles ", explique Sarah.

Prendre une "revanche"

Ce qui frappe le plus dans les différents témoignages des auditeurs du lycée d'adultes, c'est leur très grande motivation. Beaucoup ont une revanche à prendre après avoir connu l'échec scolaire à l'adolescence. "On est tous usés en cette fin d'année. On a de gros cernes sous les yeux, mais on a le sourire jusqu'aux oreilles ! Moi, je dois avouer que quand j'ai vu mon bulletin du deuxième trimestre, j'en ai presque pleuré tellement j'étais contente et fière ", raconte Guenaëlle, auxiliaire de puériculture et abonnée au 15/20 en seconde. "Au collège, j'étais toujours parmi les moins bons. Dès la classe de cinquième,  on m'avait orientée vers une classe entreprise. Ce que je vis aujourd'hui, c'est clairement une revanche pour moi ".

A 38 ans, Guenaëlle est loin d'être la plus âgée des auditrices. L'une des doyennes en Première par exemple , c'est Nadia, 53 ans. Nadia est un peu le clown de la classe. Cette employée de bureau vise la fac de droit. Car à la retraite, elle voudrait être conseillère juridique bénévole dans une association.  Le défi du bac, elle ne se pensait pas capable de le relever au départ.

 

 

 

 

(La cour de récréation du LMA (Lycée municipal d'adultes) © RF / Mathilde Lemaire)

 

 

 

 

"Il n'y a pas d'âge pour apprendre"

 

"J'avais peur de ne pas avoir suffisamment de mémoire, pas suffisamment de méthode, peur de ne pas comprendre les consignes ou d'être trop lente. J'avais tant de craintes ! Puis finalement, avec du travail et beaucoup de sérieux, j'ai tout surmonté. Il n'y a pas d'âge pour apprendre", insiste Nadia qui s'entend à merveille avec les élèves de toutes les catégories d'âge dans sa classe (de 20 à 50 ans). Nadia et sa voisine de classe Léa, 46 ans, confient que reprendre le lycée les a aussi rapprochées de leurs propres enfants, lycéens ou étudiants. Elles décrivent une complicité particulière et inattendue.

Les enseignants dans ce lycée unique en France sont pour certains les professeurs de nos adolescents dans les lycées ordinaires qui viennent en plus le soir donner des cours à ces adultes. D'autres se consacrent entièrement à l'établissement. C'est le cas d'Olivier Moreau, le professeur d'économie, présent là depuis 32 ans.

84% de réussite au Bac

 

"Je dois avouer que c'est très confortable d'enseigner ici car les élèves sont tous là parce qu'ils le souhaitent vraiment.  On ne rencontre aucun problème de discipline. Il ya beaucoup de respect.  Et puis ces élèves sont mûrs. Nous sommes souvent sur la même longueur d'ondes. Pour beaucoup de questions liées à l'économie et aux sciences sociales, ça change tout", dit Olivier Moreau qui dit prendre du plaisir à travailler ici. 

Certes, les auditeurs ont en général plus de difficultés que les adolescents, quand il s'agit de rédiger leurs devoirs par écrit, car ils ont perdu l'habitude de l'écrit, car ils n'ont pas spontanément la bonne méthode. Mais ils compensent par leur travail et leur soif de réussite. Olivier Moreau confie que chaque année, devant le panneau des résultats du bac, il est ému et fier de ses élèves avec lesquels il garde souvent des liens. L'an passé, le lycée municipal d'adultes a obtenu 84 % de réussite.

 

 

 

(Plaque à l'entrée du lycée © RF / Mathilde Lemaire)

 

 

 

 

 

(La classe de Terminale ES d'Olivier Moreau, professeur de Sciences économiques et sociales © RF / Mathilde Lemaire)