Procès Theranos : Elizabeth Holmes, un empire bâti sur du vent

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L'ancienne PDG de la start-up Theranos comparaît mercredi 8 septembre devant la justice de San José, en Californie. À 37 ans, l'ex prodige de la biotech est accusée d'avoir orchestré l'une des fraudes les plus importantes de l'histoire de la Silicon Valley. 

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Radio France
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Elizabeth Holmes, fondatrice et ancienne PDG de la société Theranos, arrive pour son procès devant la cour fédérale de San José, en Californie (États-Unis), le 31 août 2021. (ETHAN SWOPE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Elle promettait des tests de laboratoire moins chers, plus rapides et moins douloureux. Elizabeth Holmes est accusée d’avoir vendu du vent. Du vent qui rapporte gros : plus de 700 millions de dollars d'investissements levés, et une entreprise évaluée à plus de 9 milliards de dollars. Du vent qui inspire, aussi : un livre-enquête devenu best-seller, un documentaire à succès, et bientôt un film avec Jennifer Lawrence en tête d’affiche. Fabuleuse histoire pour Hollywood que l'ascension, fulgurante, et la chute, brutale, de cette Steve Jobs au féminin rétrogradée en arnaqueuse.

Chef d'entreprise à 19 ans

Elisabeth Holmes naît en 1984 dans une famille aisée de Washington. C’est une élève brillante, major de promo en première année de chimie à l’Université de Stanford. Elle reçoit une bourse pour un projet de recherche, mais lâche les études pour monter, à 19 ans, son entreprise : Theranos, nom formé des mots "therapy" (thérapie) et "diagnosis" (diagnostic).

Lancée en 2003, la start-up promet de réaliser plus de 200 analyses médicales avec une seule goutte de sang. Cette technologie révolutionnaire doit permettre la détection précoce de centaines de maladies et un suivi médical beaucoup plus facile des pathologies lourdes comme les cancers. Douze ans plus tard, la start-up compte 800 salariés et sa patronne fait la Une des magazines.  

Des investisseurs prestigieux

Entretemps, Elizabeth Holmes a gagné la confiance d'investisseurs prestigieux : l’ex-secrétaire d’État américain Henry Kissinger, mais aussi le magnat des médias Rupert Murdoch. Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, visite les bureaux de son entreprise et la qualifie d'"inspirante". Forbes la salue en 2015 comme étant la plus jeune "self-made woman" milliardaire. L'étoile de la Silicon Valley éblouit l'Amérique avec sa jeunesse, son audace, et ses cols roulés noirs à la Steve Jobs.

Pourtant, la "machine-miracle" de Theranos n'existe tout simplement pas. Grâce aux témoignages d’anciens salariés, la supercherie est révélée en 2015 par un journaliste du Wall Street Journal. L'étau se resserre alors : en 2016, Theranos perd sa licence. En 2018, Elizabeth Holmes est accusée d'avoir trompé ses investisseurs. La jeune femme fait aujourd'hui face à onze chefs d'accusation, elle risque 20 ans de prison et 3 millions de dollars d'amende.  

Le procès d'un système

Le procès d’Elizabeth Holmes aussi celui d'un système baptisé par la presse américaine "Fake it until you make it" – "fais semblant jusqu'à ce que tu y arrives".  Un système fondé sur le mythe de l'entrepreneur de génie qui révolutionne un secteur avec une idée fulgurante, et tant pis si cette idée à 700 millions de dollars n'est jamais concrétisée. La retentissante affaire Theranos ne change d’ailleurs rien à la situation : en cinq ans, les investissements en capital-risque dans la biotech ont plus que doublé aux États-Unis : 27,2 milliards de dollars en 2020, contre 10,6 milliards de dollars en 2015.

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