Etats-Unis : on vous explique le procès Theranos, une affaire de fraude scientifique qui a secoué la Silicon Valley

Elizabeth Holmes, fondatrice de la start-up Theranos, qui promettait de révolutionner les tests sanguins, est jugée pour fraudes et association de malfaiteurs.

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France Télévisions
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Elizabeth Holmes, fondatrice et ancienne PDG de la société Theranos, arrive pour son procès devant la cour fédérale de San José, en Californie (Etats-Unis), le 31 août 2021. (NICK OTTO / AFP)

Son ascension fulgurante s'est achevée brusquement. Le procès d'Elizabeth Holmes, fondatrice de Theranos, s'ouvre mardi 7 septembre au tribunal de San José (Californie), une semaine après la sélection des jurés. Devenue milliardaire à 30 ans, grâce à son entreprise qui promettait de transformer le marché des tests sanguins, souvent comparée à Steve Jobs, l'Américaine est désormais jugée pour fraudes et association de malfaiteurs (Ramesh "Sunny" Balwani, son ancien chef des opérations et ex-compagnon, sera jugé séparément). Onze chefs d'accusation sont retenus contre Elizabeth Holmes, qui encourt jusqu'à vingt ans de prison et de sévères amendes. Explications.

Une entreprise censée révolutionner les tests sanguins

Elizabeth Holmes crée Theranos en 2003, d'après un mot-valise né de la contraction des mots anglais therapy (thérapie) et diagnosis (diagnostic). Elle est alors âgée de 19 ans et toujours étudiante à l'université de Stanford. Avec Theranos, la jeune femme prévoit de simplifier les tests sanguins en laboratoire. L'entreprise compte produire à grande échelle des outils de diagnostic plus rapides et moins chers que les laboratoires traditionnels, grâce à de nouvelles technologies.

L'entrepreneuse promet qu'une toute petite quantité de sang permettra de réaliser jusqu'à 200 analyses en même temps et intéresse très vite les investisseurs. En 2014, la société Theranos est valorisée à 9 milliards de dollars. Elizabeth Holmes devient alors la plus jeune milliardaire n'ayant pas hérité de sa fortune, évaluée à 3,6 milliards de dollars par le magazine Forbes. En 2015, le magazine Time la classe dans les 100 personnalités les plus influentes au monde.

Une arnaque dévoilée dès 2015

En octobre 2015, le journaliste John Carreyrou publie plusieurs articles sur la start-up dans le Wall Street Journal et sème le doute sur la fiabilité de l'entreprise. Elizabeth Holmes est soupçonnée d'avoir menti sur les performances de la machine censée révolutionner les tests sanguins, leurrant ses investisseurs. Le ministère américain de la Santé se saisit de l'affaire. Pas de quoi inquiéter Elizabeth Holmes, qui explique alors à la chaîne de télévision américaine CNBC que "c'est ce qui arrive quand vous travaillez pour changer les choses. D'abord, ils pensent que vous êtes folle, puis ils vous combattent jusqu'à ce que vous changiez le monde".

En mars 2018, le gendarme de la Bourse américaine, la SEC, l'accuse d'escroquerie. On lui reproche d'avoir levé 700 millions de dollars sur des mensonges, comme l'utilisation de faux rapports pharmaceutiques et de faux bilans financiers. Les résultats de sa société ont été gonflés : estimé à 100 millions de dollars, le chiffre d'affaires de Theranos s'élève en réalité à 100 000 dollars en 2014. Après un accord à l'amiable avec la SEC, Elizabeth Holmes s'engage à payer une amende de 500 000 dollars ainsi qu'à céder le contrôle de son entreprise. La SEC lui interdit de diriger toute autre entreprise cotée en bourse pendant dix ans. Cet accord solde le volet financier de l'affaire, mais pas les poursuites pénales.

Des centaines de patients ont payé des tests sanguins à Theranos, qui a "délivré des résultats de tests qui étaient inexacts", explique la justice américaine, qui ajoute qu'une grande partie des tests était réalisée grâce à d'autres systèmes disponibles dans le commerce. Ainsi, des victimes d'analyses défectueuses pourraient être appelées à la barre pour raconter comment ils ont vécu de mauvais diagnostics de cancer, de sida ou encore de grossesses.

On trouve des noms connus parmi les potentiels témoins, comme l'ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger et l'ancien ministre de la Défense James Mattis, qui ont fait partie du conseil d'administration de Theranos. Rupert Murdoch, magnat des médias et propriétaire du Wall Street Journal qui a révélé l'affaire, pourrait aussi être appelé, ayant investi dans Theranos.

Un avertissement pour la Silicon Valley

L'affaire Theranos s'est peu à peu transformée en procès de la Silicon Valley, accusée de parier sur des entreprises qui se présentent toutes comme révolutionnaires. En 2018, la directrice du bureau de la SEC à San Francisco, Jina Choi, affirme que cette affaire "est une leçon importante pour la Silicon Valley". Elle appelle également "les innovateurs qui cherchent à révolutionner et à bouleverser un secteur" à dire "aux investisseurs la vérité sur ce dont sont capables leurs technologies aujourd'hui, et non ce qu'ils espèrent qu'elles pourront faire un jour".

Dans le même temps, le procureur de Californie du Nord, Alex Tse, promet de poursuivre tous "ceux qui ne respectent pas les règles qui font marcher la Silicon Valley".

Après de multiples reports en raison de la pandémie de Covid-19 et de la grossesse de l'accusée, les premières audiences du procès Theranos commenceront mardi 7 septembre et dureront quatre mois. Cette histoire digne d'un film hollywoodien sera portée à l'écran en 2022 avec le long métrage Bad Blood, dans lequel Jennifer Lawrence endossera le rôle d'Elizabeth Holmes.

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