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On continue à déboulonner les statues : au tour de celles de Léopold II en Belgique

La planète tourne, et nous posons  ce matin le doigt à Bruxelles. Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis, c’est maintenant en Belgique que l’on déboulonne des statues, et pas des moindres, celles du roi Léopold II. Mais qui était donc ce roi ?

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La statue de Léopold II vandalisée à Bruxelle, en Belgique, le 10 juin 2020.
La statue de Léopold II vandalisée à Bruxelle, en Belgique, le 10 juin 2020. (THIERRY ROGE / BELGA)

Léopold II n’est pas le moindre des rois européens. C’est le roi des Belges, qui a régné sur le pays de 1865 à 1909. Mais il n’a pas seulement régné sur la Belgique : il a pris le contrôle d’une bonne partie de l’Afrique centrale, et notamment du Congo. Il naît sous le nom de Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha, et devient roi à 35 ans. Je vous passe les détails familiaux qui le lient aux familles royales britanniques et françaises, pour aller à l’essentiel : il comprend vite que la colonisation de l’Afrique peut rapporter beaucoup à son petit royaume, surtout en exploitant le caoutchouc et l’ivoire. Et son projet va réussir.

Pas de guerre, mais dix millions de morts

Le roi des Belges va donc s’arranger pour coloniser, mais d’une manière particulière. Sans avoir besoin de faire la guerre. Pour mettre en œuvre son projet, il charge le célèbre explorateur Henry Morton Stanley d’explorer pour lui la région, et tout simplement d’acheter le Congo. Il devient le propriétaire privé de la plus grande exploitation du monde, deux millions et demi de kilomètres carrés. Il possède les terres, mais aussi les hommes. Et c’est là que l’Histoire devient moins glorieuse. Les chiffres sont bien sûr difficiles à calculer précisément, puisqu’il n’y pas de registres d’état civils. Mais certains historiens estiment que l’achat du Congo et l’exploitation de ses ressources feront dix millions de morts. Au nom de l’enrichissement du roi, et de la révolution industrielle belge. Dès la fin des années 1890, plusieurs enquêtes alertent sur la malnutrition, les mutilations, et l’esclavage dans lesquels sont maintenues les congolais.  

Ce passé n’est plus acceptable aujourd’hui, d’où la volonté d’enlever  les statues du roi Léopold II. Ce passé ne peut plus être célébré. En 1908, le roi vend sa propriété à la Belgique pour l’équivalent d’un milliard d’euros. Et il faudra attendre 1960 pour que la République démocratique du Congo devienne indépendante. À quelques jours de l’anniversaire de cette indépendance, la mobilisation de plusieurs milliers de Belges du mouvement Black Live Matter a déjà obtenu que la statue d’Anvers soit déboulonnée. Léopold II partira au musée local, où un texte expliquera les ravages humains de son règne en Afrique.

La statue de Léopold II vandalisée à Bruxelle, en Belgique, le 10 juin 2020.
La statue de Léopold II vandalisée à Bruxelle, en Belgique, le 10 juin 2020. (THIERRY ROGE / BELGA)