Les Simpson en Chine ? Un épisode qui n'existe pas sur Disney+ Hong Kong

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Est-ce le signe que la censure (ou l'auto-censure) s'étend à Hong Kong ? Un épisode du dessin animé "Les Simpson", qui se moque ouvertement du régime chinois, a disparu de la chaîne Disney+. 

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Radio France
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L'épisode 12 de la Saison 16 des "Simpson" n'est pas disponible à Hong Kong. Photo d'illustration. (CAPTURE D'ÉCRAN)

C'est l'épisode 12 de la Saison 16, celui où la famille Simpson se rend en Chine pour y adopter un enfant. Lors d'un détour par le mausolée de Mao, Homer, le père, se penche avec attendrissement sur le corps embaumé du Grand Timonier comme sur un berceau : "Oh... regardez-le dormir... Comme un petit ange qui aurait tué 50 millions de personnes !". Le tout suivi de quelques "gouzi gouzi".

On est dans le ton de la série : burlesque, insolent. Dans une autre scène, place Tiananmen, un panneau bien en évidence dit : "Ici, en 1989, il ne s'est rien passé", référence des auteurs à la manière dont Pékin tente d'effacer de la mémoire collective le massacre des manifestations pro-démocratie. C'est d'ailleurs avec un char menaçant qu'une femme se précipite sur les Simpson pour les empêcher de repartir avec l'enfant.

Bref, tout cela, les Hongkongais ne peuvent pas le voir. Disney+ est arrivé sur le territoire il y a deux semaines sans cet épisode, qui n'a pourtant rien de neuf puisqu'il a été diffusé pour la première fois en 2005 aux États-Unis, et a été repris ensuite sur toutes les télévisions du monde.

Auto-censure pour plaire à Pékin ?

À ce stade, on ne sait pas si c'est Disney+ qui a fait preuve d'auto-censure en le retirant de lui-même de son catalogue ou si ce sont les autorités qui le lui ont demandé. Le géant américain du divertissement ne fait pas de commentaires, pas plus que le gouvernement de Hong Kong.

Mais Disney n'a jamais caché son appétit pour l'énorme marché que représente la Chine, où pour l'instant aucun géant américain du streaming ne s'est encore lancé et l'entreprise de divertissement a plusieurs fois été critiquée pour ses concessions face au pouvoir. Comme Hollywood de manière générale : références au Tibet supprimées, personnages de méchants chinois transformés en brutes de Corée du Nord, interdiction d’aborder le massacre de Tiananmen ou le sort des Ouïgours. En 2016, dans Doctor Strange, un blockbuster de la franchise Marvel, un personnage tibétain s'est même vu attribuer des origines celtiques pour ne pas froisser le gouvernement chinois. Cette fois-ci autant faire une croix sur le public (restreint) de Hong Kong si en échange cela peut lui ouvrir les portes du marché chinois.

Cette histoire dit toutefois beaucoup de la reprise en main du territoire par le pouvoir chinois. Hong Kong, avec son statut à part, a longtemps bénéficié d'importantes libertés artistiques et politiques par rapport au continent. Mais après les gigantesques manifestations en 2019, Pékin a serré la vis, en s'assurant la loyauté de l'administration et des élus. Une loi draconienne sur la sécurité nationale adoptée en juin a permis de condamner les dissidents à de lourdes peines de prison.

Cette année, le gouvernement a également étendu ses pouvoirs en matière de censure cinématographique, ce qui lui permet de bloquer la distribution de films, nationaux ou étrangers, qu'il considère comme portant atteinte à la sécurité nationale.

La grande muraille électronique

La semaine dernière, la dirigeante du territoire, Carrie Lam, bras armé du régime chinois, a promis de "combler les lacunes" en matière d'internet à Hong Kong. Certains craignent de la voir répliquer la "grande muraille électronique" qui en Chine bloque déjà la plupart les grands réseaux sociaux internationaux.

Pour l'instant Les Simpson restent une exception : d'autres contenus satiriques à l'égard du pouvoir chinois sont toujours disponibles sur d'autres plateformes de streaming à Hong Kong. Pour l'instant.

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