L'Espagne et le Maroc se réconcilient autour du Sahara occidental

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Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est en visite officielle au Maroc jeudi 7 avril. Un geste de rapprochement après plusieurs mois d'une intense crise diplomatique.

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Radio France
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Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol. (OSCAR DEL POZO / AFP)

Jeudi 7 avril, au soir, devant les caméras Pedro Sanchez va partager l'iftar, le repas de rupture du jeûne du ramadan, à la table du roi Mohamed VI. Difficile d'afficher signe d'amitié plus explicite alors que depuis quasiment un an ces deux là ne se parlaient plus. On peut dire qu'ils reviennent vraiment de loin.

Leurs différents portent sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole au nord-ouest de l'Afrique, dont le Maroc contrôle 80% du territoire. Mais sa souveraineté est contestée par un mouvement indépendantiste, le Front Polisario, qui lui tient toute la partie orientale et réclame un référendum d'autodétermination. C'est ce qui fait du Sahara occidental un territoire autonome, comme l'est par exemple la Nouvelle Caledonie. Ces sarahouis sont largement soutenus par l'Algérie.

Le Covid à l'origine d'une brouille

Depuis des décennies, l'Espagne avait choisi la neutralité, en se prononçant pour une solution négociée du conflit, mais l'an dernier, un événement a tout fait déraper. Le chef du Front Polisario, gravement touché par le Covid, est allé se faire soigner dans un hôpital espagnol. L'Algérie avait demandé cette petite faveur à Madrid qui n'a pas su dire non. Et ça ça n'a pas plu au Maroc. Pourtant l'opération était sensée se dérouler dans le plus grand secret , avec avion spécial et fausse identité pour le leader indépendiste. Mais elle a été éventée, le Maroc outré a crié à la trahison; et pour se venger il a joué sur la pression migratoire, il a ouvert grand sa frontière et en moins de 48 heures, 10 000 immigrés en situation irrégulière ont afflué dans l'enclave espagnole de Ceuta, donc dans l'Union européenne.

C'était clairement du chantage... et finalement l'Espagne a cédé. Le 18 mars, à la surprise générale, elle annonce qu'elle s'aligne sur la position marocaine. Rabat propose un plan d'autonomie pour le Sahara occidental, qui en réalité lui permet de prendre le pouvoir sur l'ensemble du territoire et qui du reste a le soutien de la plupart des pays européens. Et tant pis si la coalition gouvernementale espagnole critique vertement cette volte-face. Pour gérer la pression migratoire et ne plus avoir de problème à ses frontières, pour ne plus avoir de problèmes tout court avec son premier partenaire commercial, Madrid choisit son camp. En espérant d'ailleurs qu'en contrepartie de son geste de bonne volonté le royaume mettra en sourdine sa vieille revendication sur Ceuta et Melilla.

Sauf qu'en se rapprochant du Maroc l'Espagne se fâche tout rouge avec un autre de ses partenaires, l'Algérie, grande avocate de la cause sarahouuie. Dénonçant un "revirement", Alger a rappelé le samedi 19 mars son ambassadeur en Espagne, ouvrant une nouvelle période de tensions avec un partenaire essentiel. Ce n'est vraiment pas le moment de se fâcher avec les Alégrens, qui sont les premiers fournisseurs de gaz en Espagne et qui ont déjà annoncé qu'ils ne feraient aucun cadeau sur les prix. Ce soir, dans la bouche de Pedro Sanchez, le repas de l'iftar risque d'avoir un peu de mal à passer.

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