Guerre en Ukraine : la Finlande a débuté la construction d'un nouveau "rideau de fer" avec la Russie

Pour anticiper un possible afflux de migrants orchestré par la Russie, la Finlande souhaite fermer 200 km de frontière.
Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un officier finlandais à la frontière entre la Finlande et la Russie, en novembre 2022. (ALESSANDRO RAMPAZZO / AFP)

La décision a été prise juste après l'invasion de l'Ukraine. Mardi 28 février 2023, les travaux d'un premier tronçon ont débuté dans cette province frontalière de la Russie, appelée la Carélie du Sud, et qui concentre la plupart des passages.

Il y aura d'abord le déboisement, puis la construction d'une route et, enfin, la mise en place de grillages rigides : trois mètres de haut avec des barbelés – pour remplacer les légers panneaux de bois qui jusqu'ici servaient surtout à empêcher le bétail de passer.

Dans des endroits jugés "sensibles", il y aura aussi des caméras de vision nocturne, des projecteurs et des haut-parleurs. Budget estimé : 380 millions d'euros. À terme, en 2026, plus de 30 ans après la fin de la Guerre froide, ce nouveau rideau de fer fermera 200 km de frontière sur cette ligne de partage symbolique entre l'Est et l'Ouest, la plus longue en Europe avec la Russie : 1 340 kilomètres.

Une "guerre hybride" qui instrumentalise les migrants

De quoi les 5,5 millions de Finlandais se protègent-ils ? Pas d'une invasion de chars russes comme en 1939 sous Staline – qui avait envoyé l'Armée rouge sans même prendre la peine de déclarer la guerre – mais d'un possible afflux massif de migrants orchestré par la Russie, de demandeurs d'asile instrumentalisés dans le but de déstabiliser le pays. La Norvège aussi s'y prépare. La Pologne, elle, l'a déjà vécu avec la Biélorussie à l'automne 2022, ce qui a d'ailleurs conduit Varsovie à ériger une clôture de barbelés du même genre.


En Finlande, quand l'opposition avait proposé en 2021 de renforcer la frontière, elle avait été accusée de proposer "une mesure populiste". La guerre en Ukraine a tout changé. Et Helsinki préfère anticiper : "Rester calme, mais se préparer." La Finlande – qui en septembre a été l'un des premiers pays à restreindre l'entrée des citoyens russes sur son territoire après l'annonce de mobilisation partielle par Vladimir Poutine – a toujours pris ses décisions en fonction de ce principe. Y compris pour sa future adhésion à l'OTAN : mercredi 1er mars 2023, le Parlement finlandais vote de manière définitive sur cette adhésion, cet ancrage à l'alliance atlantique qui tournera la page de plusieurs décennies de non-alignement. Au même moment d'ailleurs, le secrétaire général de l'Otan est en visite à Helsinki pour des rencontres avec les principaux dirigeants du pays. 

Sauf que la Turquie et la Hongrie traînent des pieds : elles n'ont toujours pas dit oui à cette adhésion et, sans leur accord, rien ne peut avancer. Mais la Finlande veut avoir tout réglé avant ses élections générales du 2 avril, pour être en capacité d'aller très vite une fois qu'elle aura leur feu vert. Quitte, d'ailleurs, à laisser derrière elle la Suède, qui est aussi candidate depuis mai dernier, mais qui pour l'instant est bloquée par ses difficultés diplomatiques et se heurte à un veto d'Ankara. Selon un sondage publié début février, la majorité des Finlandais (53 %) veulent entrer dans l'Otan sans attendre la Suède. Helsinki fera donc cavalier seul, pour anticiper, préparer sa mue, passer du statut de puissance neutre à celui de protagoniste un peu plus musclé. 

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