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En Inde, sacrifiés pour des iPhones ?

En Inde, une usine qui assemble des iPhones a été mise à sac par une partie de ses salariés, qui s'estiment mal payés... et mal traités.

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Des vigiles gardent l\'entrée de l\'usine Wistrom saccagée par des salariés à Bangalore (Inde), le 13 décembre 2020.
Des vigiles gardent l'entrée de l'usine Wistrom saccagée par des salariés à Bangalore (Inde), le 13 décembre 2020. (MANJUNATH KIRAN / AFP)

Tout dérape au moment du changement d'équipe, samedi 12 décembre, à 6 heures. Les ouvriers qui terminent leur quart et viennent de recevoir leur paie découvrent qu'elle est deux fois moins élevée que ce qu'on leur avait promis. 

D'autres disent ne pas avoir été payés depuis quatre mois, ou contraints à des heures supplémentaires non rétribuées. Le malaise, qui couve depuis longtemps, se transforme en une incontrôlable explosion de colère.

Les ouvriers s'emparent de bâtons et de barres de fer, ils tapent tout ce qu'ils peuvent : parois de verre, caméras, écrans... Sur le parking, six voitures sont renversées, ils allument un grand feu et y jettent tout ce qui leur passe sous la main.

Le premier site d'assemblage d'iPhones du pays

Le pillage va durer deux heures. Cette usine proche de Bangalore, qui emploie plus de 10 000 personnes, est présentée comme le plus important site d'assemblage d'iPhones de toute l'Inde, notamment les iPhones 7 et la deuxième génération de SE, destinés au marché local.

Une centaine de personnes seront arrêtées pendant le week-end. Leurs conditions de travail ? Un ingénieur diplômé, qui devait toucher 235 euros en novembre, n'en a reçu que 134 (en dessous du salaire moyen). Les ouvriers, eux, sont passés de 170 euros sur le papier à 90 euros.

Un sous-traitant taïwanais

L'usine est la propriété d'un groupe taïwanais, Wistron, qui recrute les trois quarts de ses salariés via des agences d'intérim et assure respecter les lois locales sur le travail. Des lois qu'un responsable syndical de l'usine assimile à "de l'exploitation" : les droits élémentaires ne sont pas respectés, dit-il, et le gouvernement en a parfaitement conscience.

Apple n'a pas fait de commentaire ; mais la marque à la pomme, qui impose une liste de directives précises à ses fournisseurs, va sans aucun doute regarder d'un peu plus près ce qui se passe chez Wistron, à qui elle devait confier dès l'an prochain l'assemblage de ses iPhones 12.

Ne pas effrayer les investisseurs étrangers

Le gouvernement du Karnataka s'est empressé de voler au secours de l'entreprise. "Il y a eu incompréhension", a dit le ministre de l'Industrie, expliquant que ce sont les sous-traitants qui ont tardé à payer les employés.

Il s'agit surtout d'étouffer le scandale et ne surtout pas effrayer les investisseurs étrangers. Le ministre du Travail a lui demandé à Wistron de payer tout ce qu'il devait sous trois jours.

En raison de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, de plus en plus de fournisseurs d'Apple et de grandes marques américaines déplacent leur production en Inde plutôt qu'en Chine, attirés par des campagnes incitatives.

Garder les coûts réduits mais pas les scandales... Pour ne surtout pas tuer la poule aux oeufs d'or.

Des vigiles gardent l\'entrée de l\'usine Wistrom saccagée par des salariés à Bangalore (Inde), le 13 décembre 2020.
Des vigiles gardent l'entrée de l'usine Wistrom saccagée par des salariés à Bangalore (Inde), le 13 décembre 2020. (MANJUNATH KIRAN / AFP)