En Birmanie, Aung San Suu Kyi condamnée au silence

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Le procès de l'ex-dirigeante birmane se poursuit en Birmanie. Pour la première fois elle a pu témoigner. Aussitôt fait, aussitôt censurée ? 

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Radio France
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Aung San Suu Kyi lors d'une visite dans le canton de Thayarwaddy, dans la région de Bago (Birmanie), le 14 mars 2019. (YE AUNG THU / AFP)

Elle a beau parler, s'expliquer, au final silence imposé. Isolement total de la parole et de la personne. Elle est assignée à résidence actuellement, elle l'a déjà été pendant 15 ans. Privée de liberté mais cette fois autorisée à témoigner pour la première fois devant un tribunal de la junte hier. Problème : c'est à huis clos. Le contenu de son témoignage n'a pas été révélé, le tribunal doit "certifier ses déclarations". Il va falloir attendre.

Aung San Suu Kyi, 76 ans, prix Nobel de la Paix en 1991, ex-dirigeante de la Birmanie, a été renversée en février par un coup d'Etat. Avant cela – et pour elle le retour à la case départ – il y a eu les compromis parfois avec les militaires quand elle était au pouvoir, il y a eu d'autres silences pesants – les siens – face au massacre des Rohingyas en 2017. Aujourd'hui elle risque des dizaines d'années de prison. Ses avocats ont l'interdiction de communiquer. La junte a tranché, la junte a ordonné. Silence.

Accusée de corruption et de sédition, c'est la loi de la junte

Avant le silence, elle a eu le temps de plaider non-coupable. Les accusations : "sédition, corruption, incitation aux troubles publics, non respect des restrictions liées au Covid-19, importation illégale de talkie-walkie". Avant le silence, il y a eu le printemps. La répression sanglante contre les militants pro-démocratie. Selon une ONG locale, l'association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), plus de 1 100 personnes ont été tuées, plus de 8 000 arrêtées. 

"Atroce", c'est le mot choisi par Joe Biden pour qualifier les violences en Birmanie. Le président américain s'exprimait dans le cadre du sommet entre les États-Unis et l'Asean, l'Association des nations d'Asie du Sud-Est. Le chef de la junte birmane n'a pas été autorisé à participer. Silence pour lui aussi. Joe Biden a saisi l'occasion pour exiger la libération "de tous ceux injustement détenus". La semaine dernière, l'armée a annoncé avoir relâché plus de 5 000 personnes. C'est difficile à vérifier. Beaucoup ont pu quitter la prison seulement après avoir signé des documents dans lesquels ils s'engagent à ne plus enfreindre la loi. La loi de la junte. Celle avec laquelle Aung San Suu Kyi, pas encore jugée, est déjà condamnée au silence.

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