En Autriche, un an de transports gratuits en échange... d'un tatouage

En Autriche, le ministère de l’environnement a proposé cet été d'offrir aux volontaires un an de transport gratuit en échange d’un tatouage définitif. L'initiative suscite la controverse.
Article rédigé par France Info, Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
En Autriche, le ministère de l’environnement propose d'offrir aux volontaires un an de transport gratuit en échange d’un tatouage (OBB/ROLAND RUDOLPH)

C'est ce qui s'appelle avoir l'écologie dans la peau ! Et on ne parle pas de n'importe quel tatouage. Pour profiter de cette offre singulière, il fallait impérativement se faire graver à l'encre sous la peau le mot "KlimaTicket". Le KlimaTicket, pour billet climatique, c’est un abonnement annuel mis en place il y a deux ans pour inciter les Autrichiens à prendre davantage les transports en commun. Avec, on peut prendre autant de fois qu’on veut les bus, le métro, le train ou le tramway. Il coûte 1095 euros, l'équivalent de trois euros par jour, sauf si vous vous faites tatouer le mot magique. Que ce soit sur l’avant-bras, l’épaule ou la fesse gauche, pour vous ce sera gratuit !


Quelque 245 000 personnes possèdent un KlimaTicket. L'objectif est d'attirer plus de monde, notamment les jeunes. C’est donc sur les festivals de musique cet été que la société qui distribue le KlimaTicket a installé ses stands d'information, et de tatouage, sous la bannière "Aktion geht unter die Haut", c'est-à-dire "l'Action dans la peau". À l’Electric Love de Salzbourg, l’Acoustic Lakeside à Sonnegger See et jeudi dernier c'est au festival "Frequency" de Sankt Pölten, l'un des plus importants d'Autriche, la ministre de l'environnement elle-même a fait le déplacement pour appuyer l'initiative. D'après le quotidien de Salzbourg, une trentaine de personnes ont accepté de se faire tatouer.

Un procédé "indigne" et "cynique"

Sauf que l’initiative a été très critiquée. Par sa cible d'abord : les jeunes, qui se sont étonnés ou indignés en publiant leurs commentaires sur les réseaux. "Le train et les tatouages ne renvoient pas à la période la plus glorieuse de notre histoire", ou de manière plus prosaïque, "se servir de sa peau pour faire de la pub et gratter un peu d'argent parce qu'on n’a pas les moyens ? Notre société est tombée bien bas". Mais aussi par les médias et l'opposition. Le quotidien Salzburger Nachrichten juge l'initiative "cynique à l'état pur".

Une députée du parti libéral NEOS, Henrike Brandstötter, qui assure "s’y connaître assez bien en tatouages douteux" juge que la ministre est complètement à côté de la plaque et le procédé, "indigne": "De l'argent pour de la publicité sous la peau - qui plus est de la part d'une ministre - révèle une image de l'être humain qui dépasse l'entendement".

Un tatouage pour les + de 18 ans et uniquement en journée

Pour autant Leonore Gewessler n'a pas reculé. Les représentants de la société qui gère le Klimaticket ont d'ailleurs assuré que les réactions des festivaliers avaient été "extrêmement positives" et que la campagne a été bien accueillie.

Elle s'est donc contentée d'expliquer sur une chaîne de télévision que le tatouage n’était "proposé qu’aux plus de 18 ans" et "uniquement en journée", insinuant que les festivaliers n'avaient pas pris leur décision dans un moment d'euphorie alcoolisée. Elle a précisé aussi que la plupart avaient déjà des tatouages... Comprenez : "un de plus, ça ne change pas grand-chose".

Il reste toutefois peu probable que l'offre soit reconduite l'an prochain. La ministre est surtout soupçonnée d'être en campagne et d'avoir voulu faire parler d'elle. Son nom est régulièrement avancé comme tête de liste pour les élections européennes.

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