En Afghanistan, les présentatrices télé rebelles remettent le voile

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Leur acte de résistance n'aura duré que 24 heures. En Afghanistan, les présentatrices de télévision ont du se résoudre dimanche 22 mai à se voiler le visage, comme le demandaient les talibans. 

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Radio France
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Thamina Usmani, présentatrice à Tolo TV, à Kaboul (Afghanistan), le 22 mai 2022. (WAKIL KOHSAR / AFP)

L'ordre du chef suprême des talibans est tombé début mai. Terminé le simple foulard sur les cheveux rétabli il y a quelques mois : en public, les femmes doivent désormais être couvertes de la tête aux pieds. Dans la rue c'est le retour de la burqa, ce long voile bleu avec un grillage en tissu pour les yeux, symbole de l'intégrisme islamiste dans l'Afghanistan des années 90.

A la télé, les présentatrices des grandes chaînes d'information ont droit à une petite faveur : le voile peut laisser voir leurs yeux. Uniquement leurs yeux ! Les talibans leur donnent jusqu'au samedi 21 mai pour changer de vêtements. Les journalistes tentent de résister : le premier jour, elles se présentent à l'antenne visage découvert. Dimanche, c'était fini, elles apparaissaient toutes voilées. Il a fallu moins de 24 heures au redoutable ministère de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice pour mater la rébellion. 

Même sous le voile, Sonia Niazi, l'une des présentatrice de TOLONews, promet de continuer à résister. "Nous viendrons travailler jusqu'à ce que l'Emirat islamique nous retire de l'espace public ou nous contraigne à rester à la maison".

Les talibans ont fait pression sur les chaînes, en menaçant de licencier celles et ceux qui ne suivraient pas les directives. Dans l'ouest du pays, un directeur de télé très zélé a d'ailleurs mis au chômage les employées qui ne voulaient pas se couvrir. Le porte-parole du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice s'est dit "heureux que les chaînes aient correctement exercé leur responsabilité".

Solidarité des présentateurs

Dimanche 22 mai, en signe de solidarité avec leurs consoeurs, les présentateurs hommes portent à l'antenne des masques anti-Covid noirs.

Cette obligation de se voiler n'est pas la seule mesure qui restreigne la liberté des femmes. Quand ils ont repris le pouvoir l'été dernier, les talibans ont promis un régime moins strict que lors de leur premier passage aux commandes du pays. Dans les faits, ils ont progressivement imposé toute une série de restrictions des libertés, dans l'éducation, le travail, la vie quotidienne.

Les chaînes de télévision ont déjà arrêté de diffuser des séries et des films avec des actrices. Dans la ville d'Hérat, autrefois considérée comme progressiste, hommes et femmes n'ont plus le droit de manger ensemble au restaurant, et les auto-écoles ne délivrent des permis de conduire qu'aux garçons.
Dans tout le pays, les femmes ne sont plus autorisée à travailler dans la fonction publique, elles ne peuvent plus prendre un avion sans être accompagnées d'un tuteur masculin, également responsable de leur tenue vestimentaire, il peut lui-même être sanctionné. Fin mars les collèges et les lycées pour les filles ont fermé quelques heures après l'annonce de leur réouverture.

La communauté internationale "profondément préoccupée"

La communauté internationale tente de faire pression. Le conseil de sécurité de l'ONU se dit "profondément préoccupé" ; le 22 mai à Doha, au Qatar, l'émissaire américain pour l'Afghanistan a rencontré le chef de la diplomatie des talibans, il lui a demandé de "respecter davantage" les droits des femmes. Ce qu'ont dit aussi les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 le 12 mai.

Ceci dit les mesures prises par les talibans freinent leur reconnaissance internationale – alors qu'aucun pays à ce jour n'a formellement reconnu le nouveau régime... Or c'est une priorité pour les nouveaux maîtres de Kaboul.

Elles freinent aussi l'aide humanitaire et financière dont a besoin l'Afghanistan. Le pays est sous sanctions internationales, des milliards d'avoirs détenus à l'étranger, en particulier aux Etats-Unis, sont gelés. Le pays est plongé dans une crise politique, économique profonde, le chômage explose. Et c'est de cela dont les talibans devraient se préoccuper disent les Afghanes, plutôt que de notre tenue vestimentaire des femmes et des présentatrices télé.

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