Le monde est à nous, France info

Au Groenland, une mine d'uranium crée une crise politique

Un gisement de terres rares et d'uranium situé au sud du pays divise élus et habitants. Face à la polémique, le gouvernement, en difficulté, va organiser des législatives anticipées.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Une ville au Groenland illustration, (30 Décembre 2015).
Une ville au Groenland illustration, (30 Décembre 2015). (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD)

Depuis quelques semaines, tout le monde broie du noir au pays blanc. Car il n'y a pas que des icebergs (qui fondent) et des ours polaires (qui maigrissent) au Groenland : le territoire et ses 56.000 habitants traversent une crise politique sans précédent. Le gouvernement social-démocrate, au pouvoir depuis 2014, a fait l'objet d'un vote de défiance du parlement (31 députés). Il a du se résoudre à des législatives anticipées - elles auront lieu le 6 avril 2021.

L'origine de cette crise politique ? Un gisement de terres rares et d'uranium situé à Kvanefjeld, au sud, considéré comme l'un des plus importants au monde. Ces minerais, très convoités, sont indispensables à la production de téléphones portables, éoliennes et voitures électriques.

Ça fait plus de 10 ans qu'une entreprise australienne, Greenland Minerals, associée à un investisseur chinois, a obtenu une licence d'exploration. Après plusieurs échecs successifs, en septembre 2020 son plan de protection de l'environnement a fini par être accepté. 

Le projet fait éclater la coalition gouvernementale

Suite logique, début février 2021 des consultations publiques s'ouvrent sur le projet. Et tout part en vrille !

Des ministres qui y sont favorables sont menacés de mort. Le parti du Premier ministre, au début alléché par la perspectives des grosses retombées fiscales, change de patron... et de position. Il joue un peu à la girouette, ça exaspère tout le monde : la coalition gouvernementale finit par exploser.

A la faveur de cette crise, la formation gauche-verte d'Inuit Ataqatigiit, qui elle ne veut pas entendre parler d'extraction d'uranium, a repris du poil de la bête : les sondages la donnent même gagnante aux prochaines élections.

Les opposants à la mine mettent en avant l'argument environnemental, car l'exploitation va entraîner la production de déchets radioactifs. Les pêcheurs, les chasseurs, les éleveurs de moutons et les habitants craignent la pollution des terres et des eaux.

Le 10 février, 141 ONG ont d'ailleurs appelé le gouvernement du Groenland, le Danemark et l'Union européenne à observer un moratoire sur l'extraction à grande échelle, qu'elle soit minière, pétrolière ou gazière. Il y a en ce moment 70 projets différents mais de moindre ampleur que la mine de Kvanefjeld. Les Français du groupe Orano sont eux aussi dans la course.

Diversifier les ressources économiques

Cette question renvoie aussi à l'indépendance du Groenland et à son financement. Aujourd'hui, le pays est sous la tutelle du Danemark, qui gère toutes les fonctions régaliennes.

L'objectif c'est de s'en émanciper complètement. Copenhague n'est pas contre... à une seule condition - actée par un accord officiel en 2008 : trouver de l'argent ! Le Groenland doit développer ses ressources et réussir à compenser les subventions du Danemark, qui représentent aujourd'hui 526 millions d'euros par an (environ un tiers du budget du pays).

Mais comment diversifier son économie quand on vit sur un territoire recouvert de glace, où la pêche représente 90% des exportations ?

Quoi qu'antagonistes, le tourisme et l'exploitation minière sont les deux pistes possibles. A la faveur du réchauffement climatique, les vacanciers du monde entier sont en effet de plus en plus nombreux à venir au Groenland... mais le secteur, même s'il se développe, ne suffira pas à augmenter les ressources du territoire au point de lui assurer son indépendance financière.

Alors que l'exploitation de la mine de Kvanefjeld, prévue pour durer trente-sept ans, devrait elle employer 700 personnes (dont plus de 300 Groenlandais) : une opportunité inédite.

"Pro" ou "anti" mine : qui finira par gagner le bras de fer ? Les élections du 6 avril seront déterminantes. Soit le projet est maintenu, soit il se retrouve pris dans les glaces... et gelé pour quelques années supplémentaires.

Une ville au Groenland illustration, (30 Décembre 2015).
Une ville au Groenland illustration, (30 Décembre 2015). (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD)