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Renaud "va le mieux possible", selon son frère, David Séchan

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, c’est le journaliste et écrivain David Séchan, le frère du chanteur Renaud.

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David Séchan remet à son frère Renaud le prix spécial de la Sacem, le 10 décembre 2018 à Paris.
David Séchan remet à son frère Renaud le prix spécial de la Sacem, le 10 décembre 2018 à Paris. (THOMAS SAMSON)

Né le 11 mai 1952, David Séchan est le frère jumeau du chanteur Renaud. Affrontant la vie ensemble, pendant que son frère devenait une légende, il le protégeait en coulisse. Aujourd'hui, il est au cœur de la sortie d'un double DVD/CD en collaboration étroite avec l'INA : Renaud Tatatsin, avec, à l'intérieur, tous les tubes de Renaud et une auto-interview.

Elodie Suigo : Vous signez une préface de 12 pages, dans laquelle vous donnez les clefs de votre existence à tous les deux. Vous êtes vraiment des frères très liés, vous avez toujours protégé Renaud.

David SéchanProtégé, oui, parce qu'il était physiquement moins costaud que moi. Il y avait là une vraie dichotomie assez curieuse pour des frères jumeaux. Il avait ses moments très solitaires, il dessinait beaucoup. On sentait qu'il y avait quelque chose d'artistique qui mûrissait en lui, d'ailleurs mes parents ne s'y sont pas trompés en disant tout jeune que ce serait un artiste.

La première chanson qu'il écrit, c'est Crève salope, une chanson très importante, parce qu'elle va être reprise par tous les cortèges des étudiants. Comment avez-vous vécu cela en tant que frère ?

Cela me faisait rire, parce que Renaud, depuis longtemps, faisait des petites chansons pour épater les filles. Après 68, son écriture s'est un peu transformée, il est devenu très contestataire et il a écrit cette chanson qui était un brûlot terrifiant contre toutes les autorités, parentales, professorales, judiciaires, policières, ecclésiastiques. D'une violence rare, il en était très content, ça nous faisait beaucoup rire, on trouvait ça génial, mais jamais une seconde, on a pensé qu'il allait faire une carrière avec des chansons de cet acabit.

Sa révolte s'est concrétisée en 1975 avec Hexagone. Il a toujours été très courageux ?

Oui, il avait ce courage dans les mots. En tout cas, il écrivait des choses extrêmement courageuses et téméraires, c'est le moins qu'on puisse dire. Hexagone est une chanson écrite il y a 50 ans, qu'on lui réclame toujours en concert. Il a beau écrire d'autres chansons et faire évoluer son répertoire, son public réclame Hexagone, une chanson terrifiante, tous les travers des Français y passent, ça déroule une année franchement critique et contestataire.

On voit que cet amour du public vient aussi du fait qu'il décide d'aller rencontrer cette population minière. Il part dans le Nord pendant qu'il est en plein tournage de Germinal.

Germinal, ça a été un aboutissement. Cela le ramenait à son histoire familiale et c'était très important pour lui. Incarner le rôle de Jacques Lantier, qui est le héros de Zola, magnifique, révolutionnaire, anarchiste, l'idéaliste absolu lui convenait très bien. Cela lui convenait tellement bien qu'il l'exerçait en dehors du tournage, c'est-à-dire qu'il avait pris l'habitude de déjeuner, de dîner avec les figurants plutôt que d'aller dans les caravanes chauffées de la production. Et là, il buvait des bières, chantait en chtimi, il a appris tout le répertoire. Le répertoire que ma mère lui chantait déjà un peu quand il était petit.

Il est devenu chef de bande sur le tournage de Germinal, il a monté la grève des figurants, il envoyait des mots à Claude Berri, des lettres anonymes. Claude Berri savait très bien que c'était lui et il a obtenu une revalorisation du salaire des figurants, qui étaient pratiquement tous d'anciens mineurs et qui étaient quand même assez exploités par la production.

Il a dit très tôt qu'il était de ceux qui savent que le combat n'est pas derrière nous...

Il a écrit une très belle chanson, qui s'appelle Fatigué, dans laquelle il met un peu en mots toutes ses désillusions, tous ses combats. Effectivement, il dit que la sagesse ne viendra jamais. Toute sa vie, il a milité, que ce soit politiquement, que ce soit pour l'écologie, que ce soit pour des gens qui avaient besoin d'aide, que ce soit pour Ingrid Betancourt pour laquelle il a fait beaucoup.

Comment avez-vous vécu la période "docteur Renaud, mister Renard" et puis celle, évidemment, de Charlie. C'est dur de ne pas pouvoir aider quand son frère est happé par l'alcool ?

C'était très dur, parce qu'il était un peu muré en plus de la solitude. Il avait besoin d'être entouré mais il était muet. C'était très difficile, parce qu'il était cloîtré dans une grande brasserie parisienne et mon père venait le voir, il ne lui disait pas un mot. Je venais le voir, il ne me disait pas un mot. C'était très douloureux. On a vécu un peu difficilement à tel point que je me suis un petit peu éloigné durant cette période, parce que ça m'était difficile.

Avez-vous eu peur pour lui ?

Oui. Franchement je ne pensais pas qu'il puisse rebondir comme il a rebondi avec Manhattan Kaboul, ce disque Boucan d'enfer a été le plus grand succès de sa carrière avec trois millions d'exemplaires vendus. C'était une renaissance qui cadrait aussi avec une renaissance amoureuse, avec la rencontre d'une autre femme qui l'a sorti du trou. Renaud a eu cette capacité à rebondir. Il l'a fait récemment avec son album Toujours debout, cet album sorti après les attentats et il a fait une tournée absolument énorme avec à peu près un million de spectateurs.

Comment va-t-il aujourd'hui?

Il va le mieux possible, voilà ce que je peux dire. Ça va.

David Séchan remet à son frère Renaud le prix spécial de la Sacem, le 10 décembre 2018 à Paris.
David Séchan remet à son frère Renaud le prix spécial de la Sacem, le 10 décembre 2018 à Paris. (THOMAS SAMSON)