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L’humoriste Haroun : "Ce n'est pas l'humour qui est noir, c'est la société"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’humoriste Haroun. Il publie "Les pensées d’Héractète" aux éditions Équateurs.

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L\'humoriste Haroun, le 4 décembre 2019.
L'humoriste Haroun, le 4 décembre 2019. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Héractète, comme son nom de l’indique pas, est un philosophe qui n’existe pas. Il a été créé de toutes pièces par Haroun pour pouvoir briller en société mais aussi probablement pour se raconter lui-même. L'humoriste l'admet : "Oui, il y a un peu de ça, le fait de ne pas oser faire de la vraie philosophie, j’en fais de la fausse. Ça me permet de sortir un peu du rire obligatoire. Là, ce sont des idées qui font rire, parfois sourire... Je les ai écrites vraiment parce que c’étaient des pensées que j’avais envie de partager et de développer comme ça. Cela m’a permis d’avoir un peu plus de liberté. Donc oui, ça me présente dans ma manière de réfléchir surtout".

Haroun, 36 ans, a grandi en région parisienne. Jeune, il est plutôt fan de danse hip-hop et de théâtre d’improvisation. C’est après des études de commerce qu’il se tourne vers l’humour. Un domaine qui lui fait de l’œil depuis bien longtemps comme il le confie à Élodie Suigo : "J’étais passionné par ça, sans oser vraiment et sans comprendre comment on y arrivait. Donc, la danse c’est la scène, l’improvisation c’est un peu plus vers l’humour et au bout d’un moment en prenant confiance, j’ai commencé à écrire vers la fin de mes études. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience qu’on pouvait vraiment écrire des blagues."

Ça a toujours été une passion depuis tout petit. J’étais fasciné par le fait que l’humour pouvait être un moyen d’expression.

Haroun

à franceinfo

Haroun aime les prises de risque. C'est le résultat de nombreuses années d’improvisation. Il y trouve une grande inspiration et aussi une certaine humilité : "Quand on se met en danger, on trouve de nouveaux chemins, quitte à parfois se planter mais savoir perdre c’est quelque chose de formidable. On peut perdre avec panache. Dans la mise en danger, c’est ça que je cherche, c’est le fait un peu de me planter, de ne pas toujours réussir, ça fait partie du spectacle." Un peu à l’image de Cyrano de Bergerac, comme il le reconnaît : "Il y a complètement cet effet : je suis moche mais je vais rendre ça poétique. Il y a une esthétique de l’échec".

On dit de lui qu’il est pince-sans-rire, absurde, placé dans la case de l'humour noir ce qu’il cautionne tout en précisant qu’il aime cultiver les nuances : "J’aime bien aller sur des sujets durs sans les faire passer pour des sujets durs". Haroun fait de l’humour, dénonce les noirceurs de la société et pourtant dans cet ouvrage, on découvre un homme amoureux de la vie et des autres : "Je suis plutôt de nature très optimiste. Moi, j’aime bien regarder ce qui se passe même si c’est très négatif, je suis très curieux".  

On appelle ça ‘humour noir’ mais on n’est jamais plus dur que la réalité, dans l’humour.

Haroun

à franceinfo

Haroun aime le partage aussi et c’est ce qu’il retrouve sur scène : "J’aime beaucoup écrire et le casse-tête de trouver des blagues sur un sujet, c’est vraiment une passion. Ça commence dès l’écriture et ensuite, j’ai l’excitation de le partager, de voir si les gens ont compris, s’ils en rient. Mais avant tout, c’est d’exprimer des idées et de les dédramatiser." L’humoriste aime avancer, progresser, c’est son côté indomptable : "Dès que je me sens un peu en confort ça ne m’intéresse plus trop." 

Il poursuit donc son petit bonhomme de chemin en continuant d’aborder tous les sujets qui l’interpellent comme le voile, l’islamophobie, l’antisémitisme, le harcèlement, les femmes. Il poursuit avec son humour incisif pour dénoncer finalement un certain immobilisme : "Je trouve qu’on s’occupe des problèmes en surface mais pas dans le fond."

L\'humoriste Haroun, le 4 décembre 2019.
L'humoriste Haroun, le 4 décembre 2019. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)