Leïla Bekhti dans le film "La Nouvelle Femme" : "Mon personnage représente la société qui détourne le regard de ses enfants handicapés"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mercredi 13 mars 2024 : La comédienne, Leïla Bekhti. Elle est à l’affiche du nouveau film de Léa Todorov : "La Nouvelle femme" qui sort aujourd’hui.
Article rédigé par Elodie Suigo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 13 min
Leïla Bekhti en juin 2023. (IK ALDAMA / MAXPPP)

De sa formation en art-thérapie à son César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans Tout ce qui brille de Géraldine Nakache (2009), en passant par le téléfilm coup de poing Harkis avec Smaïn (2006) ou encore Un Prophète de Jacques Audiard (2009), Leïla Bekhti a toujours été attirée par les expériences et les histoires qui ne laissent pas indifférent. Chacun des films dans lesquels elle a joué est un éclairage.

Aujourd'hui, elle est à l'affiche du film franco-italien La Nouvelle femme de Léa Todorov. C'est le portrait de Maria Montessori, célèbre pédagogue et médecin diplômée dans le domaine de la psychiatrie sur l'hallucination. Le film raconte la rencontre entre cette femme d'exception, jouée par Jasmine Trinca, et Lili, une courtisane parisienne incarnée par Leïla Bekhti. Toutes les deux ont un secret bien caché. L'une est la mère d'une fille considérée comme idiote, car touchée par un handicap, et l'autre cache son fils né hors mariage.

franceinfo : Ce film n'est-il pas un regard sur l'émancipation des femmes, sur l'importance de reprendre sa vie en main ?

Leïla Bekhti : Exactement. C'est un film sur l'émancipation. C'est un film sur la liberté. Mais surtout, c'est un film sur la sororité. Ensemble, on va toujours un peu plus loin. Et d'ailleurs, le personnage de Lili que j'interprète est un personnage fictif.

Contrairement à tout le reste.

Exactement. Et puis mon personnage représente la société, cette société qui détourne le regard de ses enfants handicapés. Et en même temps, elle incarne la liberté. Je joue une cocotte centrée sur elle-même et qui va apprendre à être mère. Ça a été très difficile de jouer le rejet, la violence envers un enfant.

Vous êtes maman. Peut-on rejeter l'enfant qu'on a porté ?

Moi, je vous dirais que non. Mais pour Lili, c'est comme un paquet qu'on lui apporte. En plus, elle la redécouvre à neuf ans. On comprend aussi comment Lili a été conditionnée. C'est une époque où la différence, le handicap, c'est plus que du rejet ! D'ailleurs, on a beaucoup parlé avec Léa au début du tournage, c'était primordial que je ne pose jamais le regard sur Tina – Rafaëlle Sonneville-Caby qui joue ma fille dans le film. C'était hyper important. Et pour la petite anecdote, j'allais constamment voir Raphaëlle à chaque début de prise et je lui disais : c'est Lili qui va parler, c'est Lili qui ne va pas te regarder. Leïla, elle, te regarde, elle est là, elle t'aime. Et durant tout le film, toutes les prises, c'était essentiel que les enfants puissent faire la distinction entre la fiction et la réalité.

Léa a fait appel à des enfants qui sont touchés par le handicap. Ce film vous correspond à 300% ? Au départ, vous avez fait des études d’art-thérapie. Vous avez été obligée d’abandonner parce que vous étiez bouleversée par ce qui se passait sous vos yeux, par ces enfants touchés par le handicap et surtout par votre incapacité à les aider. Ce film n’est-il pas une caisse de résonance, finalement ?

Oui, c’est une caisse de résonance. Je crois que l’impuissance est la chose la plus difficile à dompter chez moi. J’ai beaucoup de mal, et encore plus aujourd’hui. Avec tout ce qui se passe, c’est difficile d’être impuissant surtout quand il s’agit d’enfants.

Maria Montessori a découvert les mathématiques à 14 ans. C'est ce qui va développer sa passion puisque deux ans plus tard, elle va rentrer en école de biologie, un lieu réservé aux garçons. Elle obtient son diplôme avec la note de 105 sur 110, elle est l’une des premières femmes à avoir été diplômée. Son père a fini par la rejeter. À quel âge vous avez découvert que vous vouliez être actrice ?

J'ai cru que vous alliez me parler de mathématiques ! Ça a démarré plus tard. Je voulais vraiment travailler dans le social. C'est un peu arrivé comme ça. Je ne me suis jamais autorisée à penser que c'était possible d'être actrice. Pour moi, c'était réservé aux gens qui étaient déjà dans la télévision. Au moment où je passe mon premier casting pour Sheitan, j'y vais dans l'idée de pouvoir raconter à mes copines comment se passe un casting. Ce n'était même pas pour le décrocher. Mais en tout cas, c'est à ce moment-là que je me dis : OK, je vais en faire mon métier. J'ai eu de la chance aussi et puis aujourd'hui, je vois que c'est du travail, ce sont des choix, c'est de l'investissement.

"Dans mon métier, j'ai besoin d'être très investie. J'ai besoin d'être en totale confiance et c'est aussi beaucoup d'investissement émotionnel."

Leïla Bekhti

à franceinfo

Comment faites-vous pour vous protéger ?

Je pense que mes enfants m'aident beaucoup. Je me suis toujours dit : je ne veux jamais que mes enfants s'inquiètent pour moi. Finalement, en les protégeant, je me protège. Et puis mon entourage : j'ai un bel entourage. Je le dis souvent, si je deviens con un jour, ce sera entièrement de ma faute.

"Mes enfants sont mes lumières. Ce sont mes enfants qui m'apportent... Hier, j'ai fait des frites maison. On aurait dit que j'étais Wonder Woman ! Et moi, ça... Je me dis : yeah !"

Leïla Bekhti

à franceinfo

Une caresse de mes enfants sur mon bras, c'est ça y est, c'est bon. Je peux aller au bout du bout du bout pour eux.

Est-ce que par moments, vous avez perdu pied ?

Non, jamais. Si je suis hyper honnête, je viens d'avoir mon quatrième enfant... Petit scoop ! Et avec ce qui se passe en ce moment dans le monde, c'est vertigineux. Je pense que les réseaux sociaux rendent schizophréniques. On passe d'une recette de gâteau à un enfant tué, à un défilé de mode.

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