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Le monde d'Elodie. Eric Serra : "On prend conscience qu'il suffirait de peu pour faire plus attention à notre planète"

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Le compositeur de musique de films  rêve que la crise du Coronavirus aboutisse à un monde plus respectueux de l'environnement.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Le compositeur Eric Serra était en tournée avec la musique du film culte de Luc Besson, jouée en direct live pendant la projection, quand le confinement est tombé.  (France 2)

Elodie Suigo : Vous êtes un illustre compositeur de musiques de films, très connu pour votre collaboration avec Luc Besson depuis les années 80, on vous doit notamment la musique du Grand Bleu, du Cinquième élément, de Léon, de Nikita, de Subway... Comment vivez-vous ce confinement ?

Eric Serra en mars 2019.  (FRED HASLIN / MAXPPP)

Eric Serra : Ce confinement, je le vis chez moi à Paris, c'est là que je me rends compte que je suis extrêmement privilégié de faire ce métier, parce que, de toute façon, à longueur d'année, si je ne suis pas en tournée ou si je ne suis pas en train de jouer quelque part, je suis confiné en studio, qui est en dessous de ma maison, donc, à la limite, c'est une aubaine pour moi !

Cette période vous donne-t-elle envie de composer ou au contraire est-ce qu'elle vous donne envie de vous recentrer ?

Quand c'est arrivé, le début du confinement, on avait une tournée d'un peu plus de vingt dates prévues en mars et au bout du cinquième show, on m'a annoncé en sortant de scène que ça s'arrêtait là, parce que les rassemblements de plus de mille personnes -à l'époque !- étaient interdits. Les premiers jours, j'avoue que je n'arrivais absolument pas à travailler, je n'en avais aucune envie surtout et j'ai passé mon temps à bricoler dans la maison. Ceci dit, ce n'était pas inintéressant, je passais mon temps à faire des choses que je ne prends jamais le temps de faire parce qu'elles me semblent toujours un peu secondaires et en fait, là, ces choses secondaires devenaient finalement plus importantes que le reste, donc j'ai l'impression que ce confinement permet de redécouvrir tout ce qu'on fait sous un angle totalement différent et du coup, ça redonne de la valeur à certaines choses, ça en enlève à d'autres, ça redonne des ordres de priorité... Toute cette période est une période qui fait beaucoup réfléchir, qui nous fait nous poser plein de questions et c'est pas mal ! Et ça, mine de rien, c'est la première fois dans l'histoire de la race humaine que ça arrive. Et en tous cas, la première fois que la race humaine en est consciente au même moment.

Comment imaginez-vous l'après ?

J'espère surtout qu'on ne va pas oublier ces réflexions. J'espère que ça va faire changer certaines attitudes, que ça va faire réapparaître certaines valeurs, de se rendre compte de ce qui est plus important : est ce que c'est des choses belles ? Des choses qu'on a envie de posséder ? Est-ce que c'est l'amour ? Un milliard de questions comme ça. Et puis aussi toutes les questions d'écologie, parce que là, mine de rien, on s'est rendu compte, avec toute la planète qui est à moitié à l'arrêt, que soudain ça va beaucoup mieux, donc il suffirait peut-être de pas grand chose pour faire un peu plus attention à notre planète et tout ça, ce sont des choses dont on prend conscience particulièrement, je trouve, en ce moment.

Allez-vous faire des concerts privés sur internet ?

J'ai l'intention de faire des petits trucs, comme le morceau de basse qui est dans Subway par exemple, qui s'appelle Conga Bass, dont on m'a tellement parlé au fil des ans. Donc ça, effectivement, j'ai l'intention de faire un petit tuto et de le poster... 

(A la demande d'Elodie, Eric Serra en joue les premières mesures, il allume l'ampli et joue cet air emblématique de Subway...)

Quel est votre premier souhait pour le monde d'après ?

Mon premier souhait, c'est qu'on puisse ressortir sans peur et sans angoisse, de se retrouver dehors, de rigoler, de voir des gens, de retrouver des musiciens, de reprendre cette tournée interrompue parce que ça, ça a été une énorme frustration. Que tout le monde retrouve cette liberté. Et puis, il y a un truc que je voudrais dire : en ce moment, je suis sidéré par tout ce que font les médecins, les infirmières, tous les gens du corps médical... Je trouve ce qu'ils font mais... incroyable ! Je ne pensais pas qu'autant de personnes qui ne sont pas... Je ne sais pas mais j'ai l'impression que quand les gens font des études de médecine, ils n'ont pas forcément prévu d'être des héros. Or, là, leur attitude, c'est vraiment une attitude de héros et ils ont une abnégation totale et c'est à la fois extrêmement admirable et extrêmement courageux. Je trouve ça magnifique, vraiment !

Je rappelle que la tournée du Grand Bleu va reprendre, ce sera à partir du 18 novembre prochain, jusqu'au 11 décembre. Vous passerez par Metz, Strasbourg, Paris, Toulouse, Montpellier, Nice, Marseille, Chambéry, Bordeaux, Lyon, Nantes et Dijon.

Merci Elodie et bon confinement. Et à bientôt en vrai, j'espère...

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